
La mission G3.1, c'est le travail de bureau qui précède les premiers coups de pelle. Le géotechnicien reprend le rapport G2-PRO, vérifie que le sol décrit correspond aux plans de l'entreprise, et produit les documents nécessaires au chantier : note d'hypothèses, calculs de fondations, programme d'auscultation. On vous détaille ce que contient cette phase, ses livrables, et ce qui la distingue du suivi terrain (G3.2).
Sommaire
- Les quatre documents produits par la G3.1
- La note d'hypothèses géotechniques
- Plans d'exécution et calculs justificatifs
- Investigations complémentaires : quand et pourquoi
- G3.1 vs G3.2 : deux phases, deux rôles
- Qui réalise la G3.1 et qui la finance
- Délai et coût de la G3.1
- Questions fréquentes sur la mission G3.1
Les quatre documents produits par la G3.1
La G3.1 est la première des deux phases de la mission G3 (étude et suivi géotechniques d'exécution). D'après la norme NF P 94-500 (novembre 2013), cette phase « étude » prépare l'exécution des ouvrages géotechniques : fondations, soutènements, terrassements.
Pour travailler, le géotechnicien reçoit trois pièces du dossier de consultation : le rapport G2-PRO, les plans de l'architecte et le descriptif technique de l'entreprise retenue. À partir de ces documents, il produit quatre livrables que le chantier ne démarre pas sans.
| Livrable G3.1 | Ce qu'il contient | À qui il sert |
|---|---|---|
| Note d'hypothèses géotechniques | Coupes de sol, paramètres retenus (pression limite, cohésion, angle de frottement, niveau de nappe), résultats d'essais | Bureau d'études structure, entreprise de fondations |
| Calculs justificatifs | Portance du sol, tassement prévisible, descente de charges, longueur d'ancrage des pieux | Maître d'oeuvre, bureau de contrôle |
| Plans d'exécution géotechniques | Implantation des fondations (cotes NGF), sections de béton, armatures, phasage des fouilles | Entreprise de terrassement, maçon, entreprise de pieux |
| Programme d'auscultation | Points de mesure (inclinomètres, repères de nivellement, piézomètres), valeurs seuils, mesures correctives prédéfinies | Géotechnicien de suivi (G3.2), conducteur de travaux |
Ces quatre documents transforment les recommandations de la G2 en pièces directement utilisables sur le chantier. Sans eux, ni le maçon ni le terrassier ne disposent des cotes, des sections et des méthodes pour exécuter les fondations.
Bon à savoir : la G3.1 ne reprend pas la G2 de zéro. Elle part du rapport G2-PRO (ou G2-DCE/ACT) et l'adapte aux choix techniques de l'entreprise retenue pour les travaux. Si l'entreprise propose des micropieux là où la G2 prévoyait des semelles profondes, le géotechnicien recalcule en conséquence.
La note d'hypothèses géotechniques
C'est le document pivot de la G3.1. La note d'hypothèses recense toutes les valeurs de sol utilisées dans les calculs de fondations. Elle s'appuie sur les sondages de la G2 et, le cas échéant, sur des investigations complémentaires réalisées spécifiquement pour la G3.
Ce qu'on trouve dans la note
On y trouve une coupe géotechnique du terrain (épaisseur et nature de chaque couche de sol, de la surface jusqu'à la couche porteuse), les résultats des essais (pressiomètre, pénétromètre, laboratoire), et les paramètres retenus pour le dimensionnement. Voici à quoi ressemblent ces données sur un terrain type :
| Paramètre | Ce que c'est | Valeur type (terrain argileux) |
|---|---|---|
| Pression limite nette (Pl*) | Résistance du sol mesurée au pressiomètre, en MPa | 0,3 à 0,8 MPa |
| Module pressiométrique (Em) | Rigidité du sol, sert à calculer les tassements | 3 à 15 MPa |
| Cohésion (c') | Force qui maintient les grains de sol collés entre eux | 10 à 30 kPa |
| Angle de frottement (φ') | Capacité du sol à résister au glissement | 15° à 25° |
| Niveau de nappe (hautes eaux) | Profondeur maximale de l'eau dans le sol en hiver/printemps | 0,5 à 3 m sous le terrain naturel |
Ces valeurs viennent des sondages de la G2 et, si besoin, d'essais complémentaires commandés par le géotechnicien. Pour connaître l'exposition de votre terrain au risque argile avant même de commander une étude, consultez la carte d'aléa retrait-gonflement des argiles sur Géorisques.
Un exemple concret
Sur un chantier dans la vallée du Rhône, la G2-PRO avait identifié une couche d'argile molle entre 1,5 et 3 m de profondeur, avec une pression limite de 0,4 MPa. La note d'hypothèses G3.1 reprend cette valeur, mais ajoute que la nappe a été mesurée à 0,8 m (au lieu de 1,2 m prévu en G2, car les mesures dataient de l'été). Conséquence directe : l'entreprise doit prévoir un rabattement de nappe avant de couler les semelles.
Attention : si la note d'hypothèses contredit le rapport G2, le BET ne passe pas outre. Il alerte le maître d'ouvrage et propose des adaptations. Par exemple, passer de semelles filantes à des pieux forés si le sol porteur se retrouve 1 m plus bas que prévu.
Plans d'exécution et calculs justificatifs
À partir de la note d'hypothèses, le BET dimensionne chaque ouvrage géotechnique prévu sur le chantier. Le dimensionnement suit les Eurocodes 7 (calcul géotechnique) et les DTU applicables, notamment le DTU 13.1 pour les fondations superficielles et le DTU 13.2 pour les fondations profondes.
Calculs justificatifs
Chaque type de fondation fait l'objet d'une note de calcul. Pour des semelles isolées, le BET calcule la portance admissible du sol sous la semelle, le tassement prévisible et la descente de charges. Pour des micropieux, il détermine la longueur d'ancrage, le frottement latéral unitaire et la charge admissible par pieu. Les logiciels utilisés sont courants dans la profession : Foxta, Talren, K-Réa.
Plans et méthodes d'exécution
Les plans précisent l'implantation de chaque ouvrage (coordonnées, cotes NGF), les sections de béton, les armatures, et le phasage des travaux. Le géotechnicien définit aussi les méthodes d'exécution : ordre de réalisation des fouilles, mise en place du blindage, conditions de bétonnage par temps froid ou en présence d'eau.
Car un plan de fondation sans méthode d'exécution, c'est comme un plan de maison sans notice de montage. L'entreprise de terrassement a besoin de savoir dans quel ordre creuser et à quelle profondeur s'arrêter.
Bon à savoir : le programme d'auscultation fait partie des livrables G3.1. Il fixe les points de mesure (inclinomètres sur une paroi moulée, repères de nivellement sur un bâtiment voisin) et les valeurs seuils. Si un déplacement dépasse 15 mm là où le seuil était fixé à 10 mm, le chantier s'arrête et le BET prescrit des mesures correctives.
Investigations complémentaires : quand et pourquoi
D'après la norme NF P 94-500, le BET en charge de la G3 définit, si nécessaire, un programme d'investigations géotechniques supplémentaires. Mais la G3.1 ne refait pas systématiquement les sondages de la G2.
Des investigations complémentaires sont lancées dans trois cas :
- Les sondages G2 ne couvrent pas toute l'emprise. Par exemple, un bâtiment de 40 m de long avec 2 sondages espacés de 30 m et rien entre les deux : il manque un point central.
- Le délai entre la G2 et le chantier dépasse 2 ans. Le niveau de la nappe a pu changer, ou un remblai a été déposé entre-temps.
- L'entreprise modifie le projet. Si elle propose des fondations profondes alors que la G2 prévoyait des semelles, il faut mesurer le frottement latéral dans les couches traversées par les pieux.
En pratique, ces sondages supplémentaires représentent 1 à 3 points de reconnaissance (essais pressiométriques ou pénétromètre dynamique lourd). Le BET réalise les essais ou en confie la réalisation à un sondeur, puis intègre les résultats dans la note d'hypothèses.
Important : même quand le BET sous-traite les sondages complémentaires à un tiers, il conserve l'entière responsabilité technique de la mission G3.1. C'est un point précisé par la norme NF P 94-500.
G3.1 vs G3.2 : étude sur dossier, puis suivi sur le terrain
La mission G3 comprend deux phases interactives. La G3.1 (étude) se déroule avant et en début de chantier, principalement au bureau. La G3.2 (suivi) prend le relais dès que les engins creusent.
| Critère | G3.1 (étude) | G3.2 (suivi) |
|---|---|---|
| Moment | Avant le chantier et en début de travaux | Pendant toute la durée des travaux géotechniques |
| Lieu de travail | Bureau + terrain (sondages complémentaires si nécessaire) | Sur le chantier, lors des phases géotechniques |
| Livrable principal | Note d'hypothèses, calculs justificatifs, plans d'exécution | Comptes rendus de visite, fiches de contrôle, DOE et DIUO |
| Action du BET | Recalcule, adapte, planifie | Vérifie le sol au fond des fouilles, mesure les tassements, ajuste en temps réel |
| Exemple concret | Le BET recalcule la profondeur des pieux car la nappe est plus haute que prévu | Le géotechnicien constate de l'argile molle au fond de la fouille et demande de creuser 40 cm plus bas |
Les deux phases sont interactives : si le suivi terrain (G3.2) révèle un sol différent de ce qui était prévu, le BET revient à la phase étude (G3.1) pour mettre à jour la note d'hypothèses et adapter les calculs. C'est un aller-retour permanent entre le bureau et le chantier.
Qui réalise la G3.1 et qui la finance
La règle générale : à la charge de l'entreprise
La norme NF P 94-500 est claire : la mission G3 est confiée à l'entrepreneur (ou au groupement d'entreprises), « sauf disposition contractuelle contraire ». C'est l'entreprise qui commande la G3.1 à un bureau d'études géotechniques, et c'est elle qui la paie. Les articles L132-4 à L132-9 du Code de la construction encadrent l'ensemble des études géotechniques obligatoires, mais ne rendent pas la G3 obligatoire de manière systématique : elle le devient quand le marché de travaux l'exige.
Mais le BET qui réalise la G3.1 n'est pas forcément celui qui a fait la G2. Sur les marchés publics, c'est même fréquent : le maître d'ouvrage confie la G2 à un BET indépendant, puis l'entreprise adjudicataire mandate son propre géotechnicien pour la G3. La norme autorise ce changement de BET entre les phases.
Le cas de la maison individuelle
Pour une maison sur fondations superficielles classiques (semelles filantes ou isolées), la G3 est rarement commandée. Les préconisations de la G2-AVP ou G2-PRO suffisent au maçon pour réaliser les fondations. La G3.1 devient pertinente dès que le chantier implique des fondations profondes (micropieux, pieux forés), un soulèvement d'eau, une paroi de soutènement, ou un terrain avec de l'argile gonflante identifiée en G2. Le ministère de la Transition écologique détaille les règles de construction en zone argileuse dans son dossier sur le retrait-gonflement des argiles.
À noter : le maître d'ouvrage ou son mandataire doit, de son côté, commander une mission G4 (supervision géotechnique d'exécution). La G4 contrôle la G3. Les deux missions sont distinctes, simultanées, et financées par des acteurs différents. Si l'entreprise paie la G3, le maître d'ouvrage paie la G4.
Délai et coût de la G3.1
Le coût moyen d'une mission G3 complète (phases G3.1 + G3.2) se situe entre 1 000 et 2 000 € pour une maison individuelle, et entre 2 000 et 5 000 € pour un petit collectif ou un ouvrage de génie civil.
| Type de projet | G3.1 seule (estimation) | G3 complète (G3.1 + G3.2) |
|---|---|---|
| Maison individuelle (fondations spéciales) | 500 - 1 000 € | 1 000 - 2 000 € |
| Petit collectif R+2 à R+4 | 1 000 - 2 500 € | 2 500 - 5 000 € |
| Ouvrage de génie civil (parking souterrain, soutènement) | 2 000 - 4 000 € | 4 000 - 10 000 €+ |
Prix indicatifs d'après nos recherches. Les tarifs varient selon le projet et la région. Pour un chiffrage adapté, demandez un devis auprès d'un bureau d'études géotechnique.
Côté répartition, la G3.1 seule représente en général 40 à 60 % du coût total de la mission G3. Le reste couvre la G3.2, dont le montant dépend du nombre de visites sur chantier et de la durée des travaux géotechniques.
Côté délai, comptez 2 à 4 semaines entre la réception du dossier complet (G2-PRO, plans architecte, CCTP) et la livraison de la note d'hypothèses et des plans d'exécution. Si des sondages complémentaires sont nécessaires, ajoutez 1 à 2 semaines pour la campagne de terrain et l'exploitation des résultats.
La G3.1 reprend-elle les sondages de la G2 ou en fait de nouveaux ?
Le rapport G3.1 est-il transmis au maître d'ouvrage ?
La G3.1 peut-elle modifier les fondations prévues par la G2-PRO ?
Qui réalise la G3.1 : le même BET que la G2 ou un autre ?
La G3.1 est-elle nécessaire pour une maison individuelle ?
Que contient la note d'hypothèses géotechniques de la G3.1 ?
Quel est le délai de la G3.1 avant le démarrage des travaux ?
La G3.1 définit-elle les valeurs seuils d'auscultation ?
La G3.1 est-elle à la charge de l'entreprise ou du maître d'ouvrage ?
Que se passe-t-il si la G3.1 contredit les conclusions de la G2 ?
Le BET peut-il sous-traiter la G3.1 à un autre bureau d'études ?
La G3.1 inclut-elle les mesures correctives prédéfinies ?
À retenir
- La G3.1 est la phase « étude » de la mission G3 : elle se déroule au bureau, avant et en début de chantier.
- Elle produit quatre livrables : note d'hypothèses, calculs justificatifs, plans d'exécution et programme d'auscultation.
- Le BET reprend la G2-PRO et l'adapte aux choix techniques de l'entreprise retenue.
- Des sondages complémentaires ne sont réalisés que si les données G2 sont incomplètes ou trop anciennes.
- La G3.1 est financée par l'entreprise de travaux, pas par le maître d'ouvrage.
- Le délai moyen est de 2 à 4 semaines après réception du dossier complet.