Scissomètre : mesurer la cohésion Cu des argiles molles

Le Scissomètre Mesure de la Cohésion des Sols

Une argile molle peut afficher une résistance dix fois plus faible qu'une argile ferme. Pour la mesurer directement dans le sol, sans remonter d'échantillon, on utilise le scissomètre de chantier, aussi appelé vane test. C'est l'outil qui donne la cohésion non drainée Cu d'une vase ou d'une argile molle, là où le pénétromètre et le pressiomètre sont mal adaptés. Voici à quoi sert cet essai, comment tourne la palette dans le sol, ce que vaut la valeur lue et pourquoi on la corrige avant de l'utiliser.

Sommaire

À quoi sert le scissomètre et quand le sortir

Le scissomètre mesure la résistance d'un sol mou au cisaillement, juste après la charge, avant que l'eau n'ait le temps de partir. Cette résistance porte un nom, la cohésion non drainée, notée Cu. Elle sert à savoir si une argile molle tiendra sous un remblai, sous une dalle ou sous une fondation peu profonde.

Il intervient sur des terrains précis. Fonds de vallée, anciens marais, bords d'étang, zones portuaires, sols de remblai gorgés d'eau. Partout où l'on rencontre des vases ou des argiles trop molles pour qu'un autre essai donne une lecture fiable.

Trois situations le font sortir de la camionnette du géotechnicien.

  • Un remblai sur sol compressible. Avant de monter une route ou une plateforme sur une argile molle, on vérifie que le sol porte la charge sans glisser.
  • La stabilité d'une pente ou d'une berge dans un sol fin saturé, où une rupture se produit le long d'une surface bien définie.
  • Une fondation légère sur sol mou, pour mesurer si l'argile supporte la maison ou s'il faut descendre les appuis plus bas.

Quand la cohésion mesurée reste trop faible, le rapport oriente vers une autre solution : descendre les appuis plus bas, passer à des fondations profondes qui vont chercher une couche résistante, ou renforcer le sol avant de construire.

Qui réalise cet essai : un bureau d'études géotechnique, équipé du matériel de scissométrie. Il intervient le plus souvent dans le cadre d'une mission de conception (étude G2) quand le terrain présente des sols mous. Le particulier ne commande pas un scissomètre seul. Il commande une étude de sol, et le géotechnicien choisit les essais adaptés au terrain.

La palette tourne, le sol se cisaille

Le principe tient en un geste. On enfonce une petite croix métallique dans le sol, on la fait tourner, et on mesure la force qu'il faut pour vaincre la résistance du terrain. Cette croix à quatre pales s'appelle un moulinet.

1

On fonce le moulinet dans le sol

Les quatre pales en acier sont poussées dans le terrain, le plus souvent sans forage préalable dans les sols mous, par l'intermédiaire d'un train de tubes. Pendant la descente, une gaine protège les pales du frottement.

2

On laisse le sol se reposer

À la profondeur voulue, le moulinet est sorti de sa gaine et reste immobile quelques minutes. Ce court repos limite le remaniement provoqué par l'enfoncement.

3

On applique le couple de torsion

Depuis la surface, des tiges entraînent le moulinet en rotation lente. Le sol cède le long d'un cylindre qui enveloppe les pales. Un couplemètre enregistre la force de torsion en continu.

4

On lit le pic et le palier

La courbe monte jusqu'à un maximum, le moment où le sol rompt, puis retombe sur une valeur plus basse. Le pic donne la résistance du sol intact, le palier celle du sol remanié après plusieurs tours.

Un coefficient propre à l'appareil convertit ensuite le couple maximal en contrainte de cisaillement. Cette contrainte, dans une argile saturée chargée vite, correspond à la cohésion non drainée Cu.

Bon à savoir : le rapport entre la résistance du sol intact et celle du sol remanié s'appelle la sensibilité. Plus ce rapport est élevé, plus l'argile perd de sa tenue dès qu'on la dérange. Une argile fortement sensible peut presque se liquéfier au moindre terrassement, ce qui change tout pour un chantier.

La cohésion non drainée Cu, ce que dit le chiffre

La cohésion non drainée Cu s'exprime en kilopascals (kPa). Plus elle est élevée, plus le sol résiste. L'essai au scissomètre la mesure sur place, ce qui évite le remaniement subi par un échantillon transporté au laboratoire.

Un sol mou sur votre terrain
Des bureaux d'études géotechniques étudient votre cas
Demander une étude

Le terme « non drainé » a un sens précis. La rotation va assez vite pour que l'eau coincée entre les grains d'argile n'ait pas le temps de s'échapper. On mesure donc la résistance du sol dans la pire situation pour une argile molle : chargée brutalement, eau bloquée à l'intérieur.

Pour situer une valeur, voici les ordres de grandeur retenus par les références géotechniques classiques.

Consistance de l'argile Cohésion Cu indicative Ce que ça veut dire sur le terrain
Très molle moins de 12 kPa Le sol s'enfonce sous le pied, presque fluide par endroits
Molle 12 à 25 kPa On y laisse une empreinte profonde, le sol se déforme à la main
Moyenne 25 à 50 kPa Le sol se marque encore, mais résiste davantage sous la main
Ferme 50 à 100 kPa Le sol tient bien, on le marque avec effort. Limite haute du scissomètre
Très ferme à dure plus de 100 kPa Trop résistant pour le moulinet, on passe à un autre essai

Ordres de grandeur issus des corrélations géotechniques de référence. Les valeurs réelles dépendent de la nature exacte du sol et de son état de consolidation.

La définition complète de cette grandeur et son rôle dans le calcul des fondations sont détaillés dans la fiche du lexique consacrée à la cohésion non drainée Cu. Pour le scissomètre, retenez simplement qu'une valeur basse signale un sol qui demande de la prudence.

Pourquoi on corrige la valeur avec Bjerrum

La valeur lue sur le chantier n'est pas utilisée telle quelle dans les calculs. Le scissomètre surestime souvent la résistance réelle du sol, surtout dans les argiles plastiques. La raison tient à la vitesse de l'essai et au comportement de l'eau dans les pores.

Pour corriger ce biais, on multiplie la valeur mesurée par un facteur réducteur. C'est la correction de Bjerrum, du nom de l'ingénieur norvégien qui l'a proposée en 1973 après l'analyse de nombreuses ruptures de remblais.

Important : ce facteur correcteur dépend de la plasticité du sol, mesurée par l'indice de plasticité et la limite de liquidité. Plus l'argile est plastique, plus la correction est forte. Le géotechnicien lit ce facteur sur un abaque normalisé, il ne l'invente pas. Une cohésion utilisée sans cette correction peut conduire à surévaluer la tenue d'un remblai.

Concrètement, la chaîne se déroule ainsi.

  • Le scissomètre donne une cohésion brute, lue sur le terrain.
  • Le laboratoire mesure la plasticité de l'argile sur un échantillon.
  • Le facteur de Bjerrum, fonction de cette plasticité, réduit la valeur brute.
  • La cohésion corrigée entre ensuite dans les calculs de stabilité et de tassement.

Cette correction explique pourquoi le scissomètre ne se suffit jamais à lui-même. Il a besoin d'essais d'identification en laboratoire pour livrer une valeur exploitable. Le couplage entre les deux donne un résultat fiable.

Les sols qui conviennent et ceux qui bloquent l'essai

Le scissomètre a un cadre d'emploi étroit. Il fonctionne dans les sols fins, saturés en eau, et assez mous pour qu'on y enfonce le moulinet. En dehors de ce cadre, l'essai n'est pas réalisable ou donne des chiffres faux.

Les sols où il donne le meilleur résultat

Ce sont les terrains que les autres essais ont du mal à caractériser.

  • Les argiles molles à très molles, typiques des fonds de vallée et des plaines alluviales.
  • Les vases, ces sols organiques gorgés d'eau des zones portuaires, estuaires et anciens marais.
  • Les limons saturés de faible consistance.

Dans ces matériaux mous et gorgés d'eau, on peut enfoncer le moulinet directement, sans forage, parfois jusqu'à une quinzaine de mètres.

Projet sur argile molle ou vase
Comparez plusieurs propositions de bureaux d'études
Recevoir des devis

À l'inverse, certains terrains rendent l'essai impossible ou trompeur. Mieux vaut les connaître avant de commander une campagne.

Les sols qui empêchent la mesure

Dès que le terrain devient résistant ou hétérogène, le scissomètre cède la place à d'autres méthodes de reconnaissance.

Les cas où le scissomètre n'est pas le bon outil

  • Sol trop dur. Au-delà d'une certaine résistance, les pales ne pénètrent plus et le moulinet plie. La limite pratique se situe autour de 100 kPa de cohésion.
  • Présence de graviers ou de cailloux. Une pierre coincée contre les pales fausse complètement la lecture du couple.
  • Sols sableux ou perméables. L'eau s'évacue trop vite pendant l'essai, la condition non drainée n'est plus respectée.
  • Couches dures intercalées dans l'argile, par lentilles ou par bancs, qui faussent la mesure ponctuelle.

Dans ces cas, on se tourne vers le pénétromètre statique, qui enfonce une pointe en continu, ou vers le pressiomètre, mieux adaptés aux sols raides. Le choix de l'essai fait partie du programme de reconnaissance défini en amont, comme le rappelle la page consacrée à la reconnaissance du terrain par essais en place.

La norme qui encadre l'essai

L'essai au scissomètre suit un cadre normatif précis, qui fixe la forme du moulinet, la vitesse de rotation et la façon de présenter les résultats.

La norme française historique est la NF P 94-112, parue en 1991, intitulée « Sols, reconnaissance et essais, essai scissométrique en place ». Elle a été remplacée par la norme européenne NF EN ISO 22476-9, publiée en 2020, qui décrit deux variantes de l'essai et s'inscrit dans le cadre de l'Eurocode 7.

À noter : la norme fixe aussi deux règles d'espacement. Le premier essai se fait au minimum à 50 cm sous le terrain naturel, et deux essais successifs dans un même sondage doivent garder au moins 50 cm d'écart. Ces distances évitent que la zone déjà cisaillée par un essai ne perturbe le suivant.

L'essai s'intègre dans une mission géotechnique normalisée et s'inscrit dans le cadre de calcul de l'Eurocode 7. Pour le contexte général des essais en place et leur place dans une reconnaissance de sol, le Cerema publie des guides techniques sur les sols compressibles et les remblais.

Le scissomètre en un tableau

Voici les repères à retenir, rassemblés sur une seule vue.

Critère Le scissomètre en pratique
Ce qu'il mesure La cohésion non drainée Cu, directement dans le sol
Sols visés Argiles molles, vases, limons saturés de faible consistance
Outil Moulinet à quatre pales entraîné en rotation par des tiges
Profondeur Dès 50 cm, jusqu'à une quinzaine de mètres dans les sols mous
Correction Facteur de Bjerrum, fonction de la plasticité de l'argile
Limite Inadapté aux sols durs, graveleux ou perméables
Norme NF EN ISO 22476-9 (2020), ex NF P 94-112

Avant de commander une reconnaissance qui inclut cet essai, ces quelques points méritent vérification.

Avant un essai au scissomètre

Le sol est bien mou et saturé. Sur un terrain dur ou caillouteux, l'essai ne sert à rien, autant le savoir avant l'intervention.
Des essais d'identification sont prévus. Sans mesure de plasticité en laboratoire, la correction de Bjerrum reste impossible.
Le rapport donne la valeur corrigée, pas uniquement la lecture brute du chantier.
L'essai s'inscrit dans un programme complet, croisé avec d'autres reconnaissances pour bâtir un modèle de sol fiable.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un scissomètre
C'est un appareil de mesure des sols mous. Il comporte un moulinet à quatre pales en croix qu'on enfonce dans le terrain, puis qu'on fait tourner pour mesurer la résistance du sol au cisaillement. On l'utilise dans les argiles molles, les vases et les limons saturés.
Comment fonctionne le scissomètre de chantier
On fonce le moulinet à la profondeur voulue, on le laisse reposer quelques minutes, puis on le fait tourner lentement depuis la surface à l'aide de tiges. Le sol se cisaille le long d'un cylindre autour des pales. Un couplemètre enregistre la force de torsion, dont le maximum donne la résistance du sol.
Que mesure le scissomètre
Il mesure la cohésion non drainée Cu, exprimée en kilopascals. C'est la résistance d'un sol fin saturé chargé rapidement, avant que l'eau interstitielle n'ait le temps de s'évacuer. Cette valeur sert à vérifier la stabilité des remblais et des fondations sur sols mous.
Qu'est-ce que la cohésion non drainée Cu
C'est la résistance au cisaillement d'une argile saturée dans une situation où l'eau ne peut pas s'évacuer. Plus elle est élevée, plus le sol porte. Une argile très molle affiche moins de 12 kPa, une argile ferme entre 50 et 100 kPa. C'est le paramètre clé pour dimensionner sur sol mou.
Qu'est-ce que la correction de Bjerrum
C'est un facteur réducteur appliqué à la cohésion lue au scissomètre. La valeur brute surestime souvent la résistance réelle du sol, surtout dans les argiles plastiques. Proposée par l'ingénieur norvégien Laurits Bjerrum en 1973, cette correction ramène la mesure à une valeur utilisable dans les calculs.
Pourquoi faut-il corriger la valeur Cu mesurée
Parce que l'essai va vite et que le moulinet sollicite le sol d'une manière qui gonfle la valeur. Sans correction, on risque de croire qu'un remblai tient alors que le sol cédera. Le facteur correcteur, fonction de la plasticité de l'argile, ajuste la mesure à la réalité du terrain.
Dans quels sols utilise-t-on le scissomètre
Dans les sols fins, saturés et mous : argiles molles à très molles, vases, limons de faible consistance. Ce sont les terrains où le pénétromètre et le pressiomètre donnent des lectures peu fiables. On le rencontre sur les fonds de vallée, les anciens marais et les zones portuaires.
Quelle différence entre scissomètre de chantier et de laboratoire
Le scissomètre de chantier travaille en place, dans le sol non remanié, avec un moulinet enfoncé depuis la surface. Le scissomètre de laboratoire, plus petit, teste un échantillon prélevé. La mesure en place reflète mieux le comportement réel du sol, car le prélèvement perturbe toujours une argile molle.
Qu'est-ce qu'une argile molle ou une vase
Une argile molle est un sol fin gorgé d'eau qui se déforme facilement sous la main. Une vase est une argile organique très molle des fonds humides, estuaires et marais. Les deux ont une faible cohésion et tassent beaucoup sous une charge, ce qui en fait des terrains délicats à bâtir.
Quelles sont les limites de l'essai au scissomètre
Il ne marche que dans les sols mous saturés. Un sol dur arrête le moulinet, un gravier coincé fausse la lecture, un sol perméable casse la condition non drainée. La rupture se fait toujours selon une surface verticale, qui ne correspond pas forcément au plan de glissement réel d'un ouvrage.
À quelle profondeur réalise-t-on un essai scissométrique
Le premier essai se fait au minimum à 50 cm sous le terrain naturel. Dans les sols de consistance molle, on peut enfoncer le moulinet directement, sans forage, jusqu'à une quinzaine de mètres. Deux essais successifs dans un même sondage gardent au moins 50 cm d'écart.
Quelle norme encadre le scissomètre
La norme actuelle est la NF EN ISO 22476-9, publiée en 2020, qui s'inscrit dans le cadre de l'Eurocode 7. Elle a remplacé l'ancienne norme française NF P 94-112 de 1991. Cette norme fixe la forme du moulinet, la vitesse de rotation et la présentation des résultats.

À retenir

  • Le scissomètre mesure la cohésion non drainée Cu d'un sol mou, directement dans le terrain, sans remonter d'échantillon.
  • Un moulinet à quatre pales tourne dans le sol, le couple maximal donne la résistance au cisaillement.
  • Il vise les argiles molles, vases et limons saturés. Un sol dur, graveleux ou perméable le rend inutilisable.
  • La valeur lue est corrigée par le facteur de Bjerrum, qui dépend de la plasticité de l'argile mesurée en laboratoire.
  • La norme de référence est la NF EN ISO 22476-9 de 2020, qui a remplacé la NF P 94-112.
Besoin d'une reconnaissance de sol
Plusieurs bureaux d'études géotechniques vous répondent
Obtenir plusieurs devis

Rédigé par

Marc Cordeval

Rédacteur web indépendant spécialisé dans les travaux et l'aménagement, je supervise les contenus d'Expertgeotechnique.com pour vous proposer des articles simples, clairs et faciles à comprendre.

Notez que malgré nos efforts, des erreurs ou omissions peuvent parfois se glisser dans nos contenus. Si vous en constatez une, contactez la rédaction : nous corrigerons rapidement. Chaque terrain étant unique, consultez un bureau d'études géotechniques certifié avant toute décision. Merci, l'équipe ExpertGeoTechnique.com

Votre terrain mérite une étude fiable. Trouvez le bon bureau d'études pour votre projet.