Une voirie posée avant 1997 est présumée contenir de l'amiante, sauf preuve écrite du contraire. Vous préparez un terrassement, une réfection de chaussée ou une démolition, et vous ne savez pas si un repérage amiante et HAP est obligatoire. Casser un vieil enrobé libère des fibres invisibles, et un chantier lancé sans repérage expose les ouvriers et bloque la gestion des déblais. On voit ici les deux amiantes possibles, les HAP des anciens goudrons, et qui commande le diagnostic.
Sommaire
- Deux amiantes à ne pas confondre dans un terrain
- Pourquoi on cherche aussi les HAP des vieux enrobés
- Quand le repérage avant travaux devient obligatoire
- Les trois normes qui encadrent le repérage
- Du carottage au rapport, le déroulement
- Qui commande le diagnostic et qui le réalise
- Ce que deviennent les enrobés et la terre
- Questions fréquentes
Deux amiantes à ne pas confondre dans un terrain
Sous un même mot se cachent deux réalités différentes. L'une vient de l'homme, l'autre de la roche. Les confondre fait passer à côté d'un risque ou commander la mauvaise mission.
L'amiante ajouté dans les enrobés
Jusqu'au milieu des années 1990, des fibres d'amiante ont été incorporées à certaines couches de roulement pour renforcer la chaussée. L'interdiction totale de l'amiante en France a mis fin à cette pratique au 1er janvier 1997. Toute route construite ou rénovée avant cette date entre donc dans le champ du repérage, tant qu'aucune archive de chantier ne prouve l'absence d'amiante.
C'est un amiante dit anthropique, mélangé volontairement au bitume. On le retrouve sous l'enrobé visible, dans les anciennes couches d'accrochage.
L'amiante naturel des roches et des sols
L'amiante existe aussi à l'état naturel. Le terme désigne six minéraux, une variété de serpentine et cinq variétés d'amphibole, qui cristallisent en fibres fines dans certaines roches. Les serpentinites et les gabbros au contact de ces roches en contiennent. Un terrassement qui entaille ce type de sous-sol libère des fibres, comme le ferait une démolition d'enrobé amianté.
En France métropolitaine, les zones connues se concentrent dans les Alpes occidentales et la Haute-Corse, avec d'autres secteurs dans le Massif central, les Vosges, le Massif armoricain et les Pyrénées. Le BRGM cartographie cet aléa et accompagne les maîtres d'ouvrage pour savoir si des roches amiantifères sont présentes sous un terrain. Cette page s'inscrit dans le panorama des études du terrain présenté dans le guide des études géotechniques d'un projet.
| Repère | Amiante des enrobés | Amiante naturel |
|---|---|---|
| Origine | Ajouté par l'homme au bitume avant 1997 | Présent dans la roche, sans intervention humaine |
| Où on le trouve | Couches de roulement et d'accrochage anciennes | Serpentinites, gabbros, sols issus de leur altération |
| Ce qui déclenche le risque | Fraisage, démolition, rabotage de la chaussée | Terrassement, excavation, déblai en zone d'aléa |
| Norme de repérage | NF X46-102 (terrains et infrastructures) | NF P94-001 (étude géologique des sols) |
À noter. Une carte d'aléa du BRGM signale une probabilité de présence, pas une certitude à l'échelle d'une parcelle. Un substratum amiantifère peut être masqué par des alluvions, et une zone classée faible peut cacher des éléments transportés par un cours d'eau. Seule une expertise géologique de terrain tranche.
Pourquoi on cherche aussi les HAP des vieux enrobés
Le repérage amiante des enrobés s'accompagne presque toujours d'une recherche de HAP, les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ces molécules viennent du goudron de houille, longtemps utilisé comme liant dans la construction routière. Certains HAP sont classés cancérogènes avérés pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer.
La teneur en HAP ne change pas la sécurité du chantier au même titre que l'amiante, elle décide du sort des déblais. Le Cerema rappelle les seuils qui orientent l'agrégat d'enrobé vers le recyclage ou le stockage.
| Teneur en HAP | Ce qui est permis |
|---|---|
| Moins de 50 mg/kg | Recyclage à chaud ou à froid, ou stockage en déchets inertes |
| Entre 50 et 500 mg/kg | Recyclage à froid possible, ou stockage en déchets non dangereux |
| Entre 500 et 1 000 mg/kg | Recyclage interdit, stockage en déchets non dangereux |
| Plus de 1 000 mg/kg (0,1 %) | Classé déchet dangereux, filière de stockage dédiée |
Un enrobé sans amiante mais chargé en HAP reste donc un déchet à gérer avec soin. Un enrobé qui contient de l'amiante, lui, ne se recycle jamais, quelle que soit sa teneur en HAP.
Quand le repérage avant travaux devient obligatoire
Le principe est posé par le Code du travail. Le donneur d'ordre doit faire rechercher l'amiante avant toute opération qui expose des travailleurs à des fibres. Le cadre propre aux ouvrages de génie civil, infrastructures de transport et réseaux a été fixé par l'arrêté du 4 juin 2024, qui rend la norme NF X46-102 obligatoire et entre pleinement en vigueur au 1er juillet 2026.
Concrètement, le repérage s'impose dès qu'un chantier touche un matériau susceptible de contenir de l'amiante. Quelques cas typiques sur le terrain.
- réfection ou rabotage d'une chaussée posée avant 1997
- terrassement ou excavation dans une zone d'aléa amiante naturel
- démolition d'un ouvrage ou d'un bâtiment dont le permis est antérieur à juillet 1997
- travaux sur des réseaux enterrés anciens, canalisations ou regards
- fraisage d'enrobés destinés à être réemployés ou évacués
Votre opération est-elle concernée
Date de l'ouvrage. La voirie, le bâti ou le réseau datent-ils d'avant 1997, sans archive prouvant l'absence d'amiante
Nature du sol. Le terrain se situe-t-il dans une zone d'aléa amiante naturel repérée par le BRGM
Type d'intervention. Les travaux vont-ils casser, fraiser, creuser ou démolir un matériau en place
Exposition. Des travailleurs seront-ils en contact avec les poussières dégagées
Une réponse positive à l'une de ces lignes justifie un repérage avant le démarrage. Mieux vaut le commander tôt, car ses résultats conditionnent le mode opératoire et le budget de gestion des déchets.
Les trois normes qui encadrent le repérage
Selon ce qu'on touche, bâti, voirie ou terrain naturel, ce n'est pas la même norme qui pilote la mission. Les confondre, c'est commander un repérage qui ne couvre pas le bon périmètre.
| Norme | Ce qu'elle couvre | Année |
|---|---|---|
| NF X46-102 | Terrains, ouvrages de génie civil, infrastructures de transport et réseaux | Novembre 2020 |
| NF P94-001 | Amiante naturel, étude géologique des sols et des roches en place | 2021 |
| NF X46-020 | Immeubles bâtis, dont les voiries privées qui les desservent | Août 2017 |
Bon à savoir. Une voirie privée qui dessert une maison relève de la norme du bâti, la NF X46-020, et non de la NF X46-102 réservée aux infrastructures. Pour un terrain naturel suspecté amiantifère, c'est la NF P94-001 et son repérage géologique qui s'appliquent.
Du carottage au rapport, le déroulement
Le repérage suit toujours la même logique, de l'évaluation du risque jusqu'au document remis à l'entreprise de travaux. Voici les grandes étapes.
- 1Évaluation préalable du risque
Le donneur d'ordre transmet le programme détaillé des travaux. L'opérateur identifie les zones à investiguer selon l'âge de l'ouvrage et la nature du sol.
- 2Prélèvements sur place
Carottage de la chaussée pour les enrobés, prélèvement de sol ou de roche pour l'amiante naturel. Chaque échantillon est repéré et localisé.
- 3Analyse en laboratoire accrédité
Le laboratoire recherche les fibres d'amiante au microscope et mesure la teneur en HAP des enrobés. L'accréditation COFRAC garantit la fiabilité des résultats.
- 4Rapport de repérage
Le rapport précise la nature, la localisation et la quantité estimée des matériaux repérés. Il est remis à l'entreprise pour qu'elle adapte protections et filières de déchets.
Aucune décision de travaux ne devrait partir avant ce rapport. C'est lui qui dit s'il faut confiner, équiper les ouvriers, ou diriger les déblais vers une filière spécialisée.
Qui commande le diagnostic et qui le réalise
Deux rôles distincts, à ne pas mélanger. D'un côté celui qui décide et paie, de l'autre celui qui détient la compétence technique.
Le donneur d'ordre commande la mission. C'est le maître d'ouvrage, le propriétaire, le gestionnaire de voirie ou l'exploitant du réseau. Il transmet le programme des travaux et fournit les accès. Le repérage, lui, est conduit par un opérateur certifié amiante avec mention, et les échantillons partent dans un laboratoire accrédité COFRAC. Pour le terrain naturel, c'est un géologue qui mène l'étude géologique prévue par la norme.
Le Cerema a publié deux guides de référence pour cadrer ces missions, l'un pour les donneurs d'ordre, l'autre pour les opérateurs. Ils détaillent les responsabilités de chacun et aident à commander et à suivre un repérage selon la NF X46-102.
Signaux qui doivent alerter sur un devis
- un chiffrage donné sans connaître l'âge de l'ouvrage ni le programme des travaux
- aucune mention de carottage ni de prélèvement réel
- un laboratoire d'analyse sans accréditation COFRAC annoncée
- l'absence de la mention amiante pour l'opérateur de repérage
- un prix très bas qui suppose un repérage documentaire sans investigation
Comparer deux ou trois propositions reste le moyen le plus simple de situer un prix et de juger du sérieux d'un intervenant.
Ce que deviennent les enrobés et la terre
Le repérage ne s'arrête pas au constat. Son résultat décide de la filière de chaque matériau extrait, et c'est souvent là que le budget se joue.
| Matériau repéré | Filière imposée |
|---|---|
| Enrobé contenant de l'amiante | Stockage en déchet dangereux, aucun recyclage |
| Enrobé avec HAP au-delà de 500 mg/kg | Recyclage interdit, stockage en déchets non dangereux, puis dangereux au-delà de 1 000 mg/kg |
| Enrobé avec HAP entre 50 et 500 mg/kg | Recyclage à froid ou stockage en déchet non dangereux |
| Sol amiantifère naturel excavé | Gestion en terres amiantées, traçabilité stricte |
Important. Un enrobé amianté ne se recycle jamais et part en installation de stockage de déchets dangereux. C'est ce point qui alourdit la facture d'un chantier de voirie ancien, bien au-delà du coût du repérage lui-même.
Le coût d'un repérage varie beaucoup selon l'accès au site, le nombre de carottages, le nombre d'analyses et le couplage amiante plus HAP. Plutôt qu'une fourchette unique, ce sont ces facteurs qui font le prix. Un devis adapté à votre opération reste la seule base fiable pour le chiffrer.
Pour préparer une opération, plusieurs guides publics détaillent les filières de déchets et les responsabilités de chacun.
Les grands principes de la filière d'élimination. Le guide sépare l'amiante lié aux matériaux de construction et les matériaux géologiques naturels excavés contenant de l'amiante, avec leurs codes déchets respectifs.
Télécharger le PDFUn état des lieux de la filière française, des volumes traités et des installations de stockage, jusqu'aux agrégats d'enrobés bitumineux amiantés.
Télécharger le PDFLes responsabilités du donneur d'ordre avant et pendant un chantier touchant de l'amiante, du repérage à la coordination des intervenants.
Télécharger le PDFCe repérage croise souvent une autre question avant travaux, celle de la pollution chimique du sol, abordée dans la rubrique dédiée du site.
Questions fréquentes
Quand le diagnostic amiante avant travaux est-il obligatoire
Y a-t-il vraiment de l'amiante dans les enrobés de voirie
Quelle différence entre l'amiante des enrobés et l'amiante naturel des sols
Pourquoi rechercher les HAP dans un vieux enrobé
Qu'est-ce que l'amiante environnemental dans un terrain
Comment se déroule un repérage amiante avant travaux
Qui doit commander le diagnostic amiante et HAP
Qui est habilité à réaliser le repérage
Que devient un enrobé amianté après son retrait
Quelle norme encadre le repérage sur un terrain ou une voirie
Quels risques lors d'un terrassement en zone amiantifère
Quel est le lien entre ce diagnostic et une étude de pollution des sols
À retenir
- Deux amiantes coexistent, celui ajouté aux enrobés avant 1997 et celui présent naturellement dans certaines roches et sols.
- Les HAP des anciens goudrons décident de la filière des déblais, le recyclage est interdit au-delà de 500 mg/kg.
- Le repérage est obligatoire avant un chantier qui expose des travailleurs, voirie ancienne, démolition ou terrassement en zone d'aléa.
- Trois normes selon le support, NF X46-102 pour les terrains et infrastructures, NF P94-001 pour l'amiante naturel, NF X46-020 pour le bâti.
- L'opérateur certifié avec mention réalise le repérage, le laboratoire accrédité COFRAC analyse les échantillons.