Une fissure apparaît sur la façade. Une porte commence à frotter, un carrelage se soulève. La question est presque toujours la même : savoir si l'assurance va prendre les réparations en charge.
La réponse dépend de l'origine des désordres. Une maison fissurée après une sécheresse sur sol argileux ne relève pas des mêmes garanties qu'une construction récente mal fondée, qu'un chantier réalisé chez le voisin ou qu'une fuite sous les fondations.
Chercher ce qui a fait bouger la maison avant de déclarer le sinistre change tout. Vous vous adressez au bon interlocuteur, vous réunissez les justificatifs qui comptent, et vous ne laissez pas filer un délai. Nous détaillons les garanties mobilisables, les démarches auprès de l'assureur, les documents à préparer et les recours en cas de refus.
Sommaire
- La cause décide de la garantie
- Repérer l'origine avant d'appeler
- Faire reconnaître un sinistre sécheresse
- Ce que la garantie paie depuis 2024
- Réunir les pièces pour l'expert
- Franchise et obligations de l'assureur
- Agir si la commune n'est pas reconnue
- Se retourner contre le constructeur ou le voisin
- Contester un refus ou une offre trop basse
- Les documents qui appuient le dossier
- Les erreurs qui coûtent l'indemnisation
- Questions fréquentes
La cause de la fissure décide de la garantie
C'est la cause du désordre qui décide de la garantie, jamais la formule que vous avez souscrite. Avant de chercher votre numéro de contrat, cherchez donc d'où vient le mouvement.
Repérez votre ligne dans la première colonne, la garantie correspondante se lit à droite.
| Cause | Garantie à activer | Condition pour l'ouvrir | Qui paie l'expert |
|---|---|---|---|
| Sécheresse Sol argileux qui se rétracte puis gonfle | Catastrophe naturelle, incluse dans la multirisque habitation | Un arrêté visant votre commune, la bonne période et le bon phénomène | L'assureur |
| Malfaçon Maison de moins de 10 ans, fondations inadaptées | Décennale du constructeur, préfinancée par la dommages-ouvrage | Solidité atteinte ou logement devenu inhabitable | L'assureur dommages-ouvrage |
| Chantier voisin Terrassement, démolition, fondation profonde | Responsabilité du voisin ou de l'entreprise | Lien démontré entre les travaux et les fissures | Vous, sauf accord ou jugement |
| Fuite enterrée Canalisation percée sous la maison | Dégâts des eaux de la multirisque habitation | Fuite accidentelle, hors vétusté | L'assureur, selon le contrat |
| Usure Retrait des matériaux, enduit vieilli | Aucune | Rien à déclarer | Vous |
Un même désordre relève parfois de deux régimes à la fois. Une maison de sept ans fissurée dans une commune reconnue en catastrophe naturelle en est l'exemple type : la voie catastrophe naturelle et la garantie du constructeur peuvent être ouvertes en parallèle.
C'est pour cette raison que l'assureur fait toujours qualifier la cause avant de parler d'argent. Le raisonnement vaut au-delà des fissures et rejoint les garanties qui entrent en jeu après un désordre sur un bâtiment.
La garantie catastrophe naturelle ne se souscrit d'ailleurs pas séparément. Elle est attachée automatiquement à tout contrat couvrant les dommages aux biens, et un assureur ne peut pas la refuser à la souscription.
Repérer l'origine avant d'appeler l'assureur
Aucun diagnostic sérieux ne se pose depuis une photo. Certains indices orientent toutefois la recherche, et permettent de préparer un dossier crédible avant la visite de l'expert.
Indices qui orientent vers un mouvement du sol
- Des fissures obliques qui partent des angles de fenêtres et de portes, souvent en escalier le long des joints de parpaings
- Des portes et des fenêtres qui frottent ou ne ferment plus alors qu'elles fonctionnaient l'année précédente
- Un décollement entre la maison et un élément accolé plus léger : perron, terrasse, garage, marche d'entrée
- Une apparition après un été sec, suivie d'une évolution au retour des pluies
- Des arbres à moins d'une distance équivalente à leur hauteur adulte, ou une haie dense plantée le long d'une façade
- Un dallage intérieur qui se disloque ou un carrelage qui claque au même endroit que la fissure de façade
Ces indices ne remplacent pas un examen sur place. La forme d'une fissure ne suffit jamais à trancher, et notre page sur les fissures de maison et leurs causes détaille comment les lire et les mesurer.
Leur vraie utilité est ailleurs : documenter le dossier. Photographiez chaque fissure avec un mètre ruban ou une pièce de monnaie posée à côté. Notez la date au dos de chaque tirage. Recommencez tous les deux mois.
Une fissure dont vous démontrez l'évolution pèse infiniment plus lourd qu'une fissure décrite de mémoire.
Aucun texte ne fixe une largeur à partir de laquelle une fissure devient indemnisable. Les grilles en millimètres que vous croisez partout relèvent du vocabulaire d'observation, pas du droit. Ce que la loi regarde, c'est l'atteinte à la solidité du bâtiment ou à son usage.
La seule largeur qui ait une portée réglementaire est celle du fonds de prévention argile, dont l'aide aux travaux se ferme au-delà de 5 millimètres d'écartement. Autrement dit : une microfissure qui progresse de deux millimètres en un an compte davantage qu'une lézarde stable depuis vingt ans.
La cause exacte se tranche par une reconnaissance des sols au droit des fondations. Notre page sur le rapport établi après un sinistre décrit ce que ce document contient et comment il s'articule avec l'expertise d'assurance.
Faire reconnaître un sinistre sécheresse
Un sol argileux se rétracte quand il sèche, puis gonfle quand la pluie revient. La maison posée dessus suit ces mouvements, mais pas partout au même rythme. C'est cette différence qui fend les murs.
Le phénomène concerne 12,1 millions de maisons individuelles en zone d'exposition moyenne ou forte, pour un coût moyen de 16 500 euros par sinistre. La démarche commence en mairie, pas chez l'assureur.
- 1
Signalez les dégâts à votre mairie
La demande de reconnaissance part de la commune, jamais du particulier. Plus les signalements sont nombreux et documentés, plus le dossier communal est solide. Pour la sécheresse, les 24 mois se comptent à partir du dernier épisode invoqué, pas du premier.
24 mois maximum après l'événement - 2
La préfecture transmet, une commission interministérielle instruit
L'instruction repose sur des critères météorologiques et géotechniques, commune par commune et période par période.
- 3
L'arrêté est publié au Journal officiel
Vérifiez que votre commune y figure pour la bonne période et pour le bon phénomène. Une commune reconnue pour une inondation ne l'est pas pour la sécheresse.
- 4
Déclarez le sinistre à votre assureur
Par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant la description des désordres, vos photographies datées et la liste des biens touchés.
30 jours après la publication - 5
L'assureur vous informe et missionne un expert
Pour les sinistres relevant d'arrêtés pris depuis le 1er janvier 2025, l'expert doit agir avec objectivité et impartialité, justifier de compétences en bâtiment, construction, génie civil ou géotechnique, et être indépendant de la compagnie.
1 mois pour vous répondre - 6
L'expert rend ses conclusions sur la cause
Un rapport intermédiaire tranche la cause déterminante des désordres et l'ouverture du droit à garantie. Des investigations complémentaires par une entreprise tierce ajoutent un mois.
4 mois après réception de vos pièces - 7
Provision, puis indemnisation
Une avance vous est versée avant le règlement définitif. Après votre accord sur la proposition, le solde tombe sous 21 jours.
Provision sous 2 mois, indemnisation sous 3 mois
Modèle à recopier : déclaration de sinistre sécheresse
Objet : déclaration de sinistre au titre de la garantie catastrophe naturelle. Contrat n° [votre numéro]. Envoi en lettre recommandée avec accusé de réception.
Madame, Monsieur,
Je vous déclare un sinistre affectant mon habitation située [adresse complète], assurée au titre du contrat cité en objet.
La commune de [nom] a été reconnue en état de catastrophe naturelle pour le phénomène de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, par arrêté publié au Journal officiel du [date de publication], pour la période [période visée par l'arrêté].
Les désordres constatés sont les suivants : [décrire chaque fissure, sa localisation, sa longueur, son ouverture approximative et la date de première observation. Mentionner les portes ou fenêtres qui ne ferment plus, les décollements, le dallage].
Vous trouverez en pièces jointes les photographies datées des désordres ainsi que [liste des documents joints]. Je me tiens à votre disposition pour transmettre les pièces complémentaires que l'expert jugera nécessaires, et vous remercie de bien vouloir me préciser cette liste ainsi que le délai imparti.
Je vous demande de me confirmer sous un mois les modalités de mise en jeu de la garantie et la désignation de l'expert.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Exemple à adapter à votre situation. Reprenez vos propres références de contrat, la date réelle de publication de l'arrêté et la description exacte de vos désordres. Ce texte ne remplace pas l'avis d'un professionnel.
Deux délais circulent et ils ne se confondent pas. Les cinq jours ouvrés valent pour un sinistre ordinaire, un dégât des eaux par exemple. Pour une catastrophe naturelle, la loi ouvre trente jours, mais à partir de la parution de l'arrêté. Tant qu'aucun arrêté ne vise votre commune, aucun compteur ne tourne. Signalez vos dégâts en mairie et surveillez les publications.
Le délai de trente jours est le seul point réellement urgent de cette chaîne. Il court à partir de la publication au Journal officiel, comme le rappelle la fiche officielle sur l'indemnisation après une catastrophe naturelle, et non à partir du jour où vous avez remarqué la fissure. Le portail public Géorisques affiche par adresse les arrêtés déjà pris sur votre commune, avec leur date de parution.
Obtenir la reconnaissance ne règle pas tout. Encore faut-il savoir ce que la garantie finance réellement.
Ce que la garantie sécheresse paie depuis 2024
Deux textes ont resserré le périmètre de la prise en charge pour les sinistres survenus à partir du 1er janvier 2024. Beaucoup d'articles en ligne décrivent encore l'ancien régime.
Ce que le texte retient comme dommage
La garantie couvre les dommages qui affectent la solidité du bâti ou entravent l'usage normal du bâtiment. Le principe est posé par l'article L125-2 du code des assurances.
Le second alinéa du texte d'application est celui que personne ne cite, et c'est pourtant le plus utile. Les dommages qui ne présentent pas encore ces caractéristiques au moment du constat sont couverts eux aussi, dès lors qu'ils sont de nature à évoluer défavorablement et à affecter ensuite la solidité ou l'usage du bâtiment.
Une fissure encore modeste, mais qui progresse d'une visite à l'autre, entre donc dans le champ. Si un expert vous oppose que le désordre n'est pas assez grave, c'est cet alinéa qu'il faut lui rappeler par écrit.
- Une fissure qui traverse le mur, laisse passer l'air ou l'eau et continue de s'ouvrir relève de la garantie
- Une reprise en sous-œuvre par micropieux ou injection de résine entre dans le périmètre quand l'expertise la justifie
- Un faïençage d'enduit purement esthétique et stable reste à votre charge
- Les annexes sont écartées par principe : remises, garages et parkings, terrasses, murs de clôture extérieurs, serres, terrains de jeux, piscines et leurs éléments architecturaux. L'exception compte autant que la règle : elles redeviennent couvertes lorsqu'elles font indissociablement corps avec les fondations, l'ossature, le clos ou le couvert de la maison. Un garage accolé partageant les fondations n'est pas un garage indépendant
L'indemnité doit financer les travaux
La somme versée est affectée à la remise en état effective du bien, conformément aux recommandations du rapport d'expertise. L'assureur demande donc les factures des travaux réalisés. Une dérogation existe et mérite d'être connue : lorsque le coût des réparations dépasse la valeur du bien au moment du sinistre, cette obligation d'affectation tombe.
Et si vous vendez la maison sans avoir fait les travaux, le décret du 5 février 2024 vous oblige à joindre à l'état des risques la liste des travaux indemnisés ou indemnisables restés en attente.
Attention. Un acquéreur qui constate après la vente des fissures indemnisées et non réparées, sans que la liste ait été annexée, dispose d'arguments solides pour agir contre le vendeur. Conservez le rapport d'expertise transmis par votre assureur, il fait partie des pièces à remettre.
Deux cas où la garantie est écartée d'office
L'article L125-7 du code des assurances écarte purement et simplement la garantie sécheresse dans deux cas. Ils ne souffrent aucune discussion sur la gravité du désordre.
- La maison a été construite sans permis alors qu'un permis était exigé. Extension non déclarée, véranda maçonnée, garage transformé en pièce de vie : le bâti irrégulier sort du régime
- Le permis a été déposé après le 1er janvier 2024 en zone argileuse réglementée et l'attestation de prise en compte du retrait-gonflement manque à l'appel. L'exclusion court pendant dix ans à compter de la réception des travaux
Le second cas mérite un signet si vous faites construire. Cette attestation se transmet à l'achèvement des travaux, elle coûte peu, et son absence prive la maison de la garantie catastrophe naturelle pendant une décennie entière. Retrouvez-la avant d'en avoir besoin.
Réunir les pièces que l'expert va réclamer
Depuis février 2025, la liste des documents que vous devez fournir est fixée par arrêté. Réunir ce dossier avant la visite raccourcit l'instruction, puisque le délai de quatre mois de l'expert ne démarre qu'à réception de l'ensemble des éléments.
Dossier à préparer pour un sinistre sécheresse
- Vos coordonnées et l'adresse du bien touché, même si l'assureur les connaît déjà
- La description du sinistre : nature des désordres, date de découverte, localisation, avec tous les éléments justifiant précisément les dommages constatés
- Les dégâts causés aux tiers, par exemple un mur mitoyen ou une clôture endommagée par le déplacement de votre mur
- Les études géotechniques réalisées avant la demande de permis de construire, ou une déclaration sur l'honneur attestant que vous n'en disposez pas
- Le permis de construire pour les constructions ou travaux de moins de dix ans
- L'étude préalable ou l'étude de conception pour les constructions dont le permis est postérieur au 1er octobre 2020
- L'attestation de prise en compte du retrait-gonflement pour les constructions neuves postérieures au 1er janvier 2024
- L'acte d'achat complet avec ses annexes si le bien a changé de mains depuis moins de cinq ans, ou une attestation sur l'honneur d'absence de mutation sur cette période
- L'ensemble des plans dont vous disposez, ou une déclaration sur l'honneur si vous n'en avez pas
- Le dernier contrôle du service public d'assainissement non collectif et l'étude de filière si votre maison n'est pas raccordée au tout-à-l'égout
- Les états des lieux lorsque le bien est loué
- Les devis, factures et procès-verbaux de réception des travaux réalisés dans les dix dernières années
- Une déclaration sur l'honneur d'absence de sinistre sécheresse déclaré ces cinq dernières années, ou le rapport établi si un sinistre a été déclaré
Deux points jouent en votre faveur. L'assureur doit vous notifier la liste précise des pièces attendues et le délai pour les fournir : vous n'avez pas à deviner. Et le rapport de l'expert suit un modèle imposé par arrêté, ce qui vous permet de vérifier qu'il traite bien tous les points requis, à commencer par la conclusion sur la cause déterminante.
Ce que la franchise coûte et ce que l'assureur doit
La franchise catastrophe naturelle est fixée par la réglementation. Elle ne se négocie pas, ne se rachète pas, et reste la même chez tous les assureurs.
| Type de bien | Fissures liées à la sécheresse | Autres catastrophes naturelles |
|---|---|---|
| Maison ou appartement Usage non professionnel | 1 520 € | 380 € |
| Local professionnel Commerce, atelier, bureau | 10 % des dommages minimum 3 050 € | 10 % des dommages minimum 1 140 € |
Montants fixés par le code des assurances, identiques chez tous les assureurs et applicables par bien sinistré.
Bon à savoir. Deux évolutions jouent en votre faveur et restent mal connues.
Le doublement puis le triplement de la franchise dans les communes sans plan de prévention des risques ne s'applique plus aux particuliers ni aux entreprises depuis le 1er janvier 2023. Il ne subsiste que pour les biens des collectivités.
Et depuis le 28 mai 2026, la loi prévoit que les franchises ne s'appliquent qu'une seule fois en cas de succession d'aléas naturels sur une période courte, le décret qui définira cette période restant attendu. Si un montant majoré ou une seconde franchise vous est annoncé sur une habitation, demandez la base réglementaire précise.
Côté calendrier, la loi encadre chaque étape après votre déclaration.
Ces délais ne sont pas des engagements commerciaux, ce sont des obligations légales. La dernière colonne indique quoi faire quand elles ne sont pas tenues.
| Votre droit | Délai | Si l'assureur ne le tient pas |
|---|---|---|
| Savoir si la garantie joue Et si un expert est mandaté | 1 mois après la déclaration | Relance écrite. Le silence ne vaut pas refus |
| Toucher une provision Avant le règlement définitif | 2 mois après votre état estimatif | Réclamation en recommandé. Elle n'est pas facultative |
| Recevoir une proposition Indemnité ou réparation en nature | 1 mois après le rapport définitif | Signalez le dépassement par écrit, utile en médiation |
| Obtenir le rapport d'expertise Version définitive | Dès qu'il est établi | Sans lui, ni contestation solide ni vente en règle |
| Un compte rendu après chaque visite Sinistres sécheresse | À chaque passage de l'expert | Réclamez-le, il trace l'évolution retenue |
| Être informé du droit à contre-expertise | Dès que vous contestez | Il doit aussi signaler votre droit d'être assisté |
| Être payé Après acceptation de l'offre | 21 jours | Mise en demeure en recommandé |
Reste le cas le plus mal vécu, celui du propriétaire dont la commune n'apparaît sur aucun arrêté.
Agir quand la commune n'est pas reconnue
Sans arrêté, la garantie catastrophe naturelle ne s'ouvre pas. Le blocage vient de la décision administrative, pas de votre assureur, et c'est donc là qu'il faut agir. À défaut, un dispositif public finance la prévention plutôt que la réparation.
Contester le refus de reconnaissance
Le refus figure en annexe de l'arrêté publié, avec son motif. Le plus courant tient au critère météorologique : l'indice d'humidité des sols n'atteint pas la période de retour exigée. La contestation suit deux voies, cumulables.
- Un recours gracieux auprès des ministres signataires, qui permet d'apporter des données locales complémentaires
- Un recours devant le tribunal administratif compétent, dans les deux mois suivant la publication de l'arrêté pour un sinistré, ou la notification au maire pour la commune
Une demande refusée peut aussi être redéposée. Depuis la circulaire du 29 avril 2024, la période de retour est passée de vingt-cinq à dix ans, une commune peut être reconnue au titre d'une succession anormale de sécheresses et non plus d'un seul épisode, et les communes voisines d'une commune reconnue sont désormais examinées. Une demande rejetée sous les anciens critères mérite un nouvel examen.
Financer la prévention plutôt que la réparation
L'État expérimente depuis octobre 2025 un fonds de prévention argile dans onze départements : Allier, Alpes-de-Haute-Provence, Dordogne, Gers, Indre, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nord, Puy-de-Dôme, Tarn, Tarn-et-Garonne. Il finance un diagnostic de vulnérabilité puis des travaux de prévention, sous conditions de ressources, pour les propriétaires occupants d'une maison individuelle en zone d'exposition forte.
Important. Ce fonds et la voie catastrophe naturelle ne se cumulent pas. Une maison dont la demande d'indemnisation catastrophe naturelle est en cours d'instruction n'est pas éligible. Depuis l'arrêté du 23 avril 2026, l'aide au diagnostic reste accessible même si la maison présente déjà des fissures, et l'aide aux travaux s'ouvre tant que leur écartement ne dépasse pas cinq millimètres. Le simulateur officiel du fonds prévention argile vérifie l'éligibilité en quelques questions.
Le mécanisme du retrait-gonflement, ses signes précurseurs et les zones concernées sont détaillés sur notre page consacrée à la sécheresse et ses effets sur les sols argileux.
Se retourner contre le constructeur ou le voisin
La sécheresse n'explique pas toutes les fissures. Quand un constructeur ou un voisin est en cause, la responsabilité se règle sans arrêté et sans franchise catastrophe naturelle.
Votre maison a moins de dix ans
Le constructeur répond de plein droit des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, y compris lorsqu'ils viennent d'un vice du sol. C'est le texte même de l'article 1792 du code civil.
Avant de conclure à une malfaçon, vérifiez deux choses : la date du permis et le classement du terrain. Les règles constructives dépendent des deux.
Pour les permis postérieurs au 1er octobre 2020 en zone d'exposition moyenne ou forte, l'arrêté du 22 juillet 2020 impose des fondations descendues a minima à 1,20 mètre en exposition forte et 0,80 mètre en exposition moyenne. Une maison de 2015 fissurée aujourd'hui n'était soumise à aucune de ces obligations, ce qui ne l'exonère pas pour autant : le constructeur devait déjà adapter son ouvrage à la nature du sol.
Avant d'en arriver là, regardez la date de réception des travaux. Trois garanties se succèdent, et la plus rapide à actionner est la première.
| Depuis la réception | Garantie | Ce qu'elle couvre | Comment l'activer |
|---|---|---|---|
| Moins de 1 an | Parfait achèvement | Tout désordre signalé, même une fissure sans gravité | Recommandé au constructeur |
| Moins de 2 ans | Bon fonctionnement | Les équipements dissociables du bâti. Rarement utile ici | Recommandé au constructeur |
| Moins de 10 ans | Décennale | Les fissures qui touchent la solidité ou l'usage du logement | Déclaration à l'assureur dommages-ouvrage |
L'assurance dommages-ouvrage préfinance ces travaux sans attendre qu'un juge désigne un responsable. Ses délais sont serrés et sanctionnés. La fiche publique sur l'assurance dommages-ouvrage détaille le mécanisme.
- 60 jours pour vous notifier la prise en charge, expertise comprise
- 90 jours pour formuler une offre d'indemnité
- 15 jours pour verser l'indemnité une fois l'offre acceptée
- Aucune franchise sur ce régime
Passé un de ces délais, ou face à une offre manifestement insuffisante, vous pouvez engager les travaux après l'avoir notifié à l'assureur. L'indemnité due est alors majorée d'un intérêt égal au double du taux légal.
Le chantier vient de chez le voisin
Terrassement profond, rabattement de nappe, démolition, vibrations d'engins : les travaux voisins déforment parfois le sol sous votre maison. Depuis la loi du 15 avril 2024, l'article 1253 du code civil rend responsable de plein droit celui qui cause un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage, et vise expressément le maître d'ouvrage en plus du propriétaire et de l'occupant.
Cette responsabilité joue sans faute à démontrer, mais elle suppose de dater les désordres. Un constat d'huissier avant l'ouverture du chantier voisin, ou à défaut des photographies horodatées de vos façades, change tout dans la discussion qui suit.
Quel que soit le régime, la même difficulté revient. La réponse de l'assureur ne correspond pas toujours à ce que vous attendiez.
Contester un refus ou une offre trop basse
Un refus n'est pas une décision définitive. Retrouvez le motif exact dans la lettre de l'assureur, puis suivez la ligne correspondante.
| Motif du refus | À vérifier d'abord | Comment répondre |
|---|---|---|
| Cause non déterminante La sécheresse serait hors de cause | Les sondages réellement effectués sur le sol | Contre-expertise avec reconnaissance au droit des fondations |
| Déclaration hors délai Au-delà des 30 jours | La date de publication de l'arrêté | La déchéance suppose un préjudice prouvé par l'assureur |
| Désordre jugé trop léger Solidité non atteinte | L'évolution des fissures depuis le constat | Photos datées, témoins de mesure, second avis technique |
| Vétusté ou défaut d'entretien | La clause exacte de vos conditions générales | Une exclusion doit être formelle, limitée, en caractères apparents |
| Montant trop bas La reprise en sous-œuvre n'est pas couverte | Le mode de réparation retenu par l'expert | Devis d'entreprises, puis tierce expertise en cas de blocage |
Une contre-expertise ne pèse que si elle s'appuie sur des mesures réelles du sol et du bâti. C'est le rôle de l'expertise géotechnique après apparition de fissures, qui remonte à la cause au lieu de chiffrer les seuls dégâts visibles.
Elle se demande directement à votre assureur. Ses frais restent en principe à votre charge, sauf si votre contrat comporte une garantie honoraires d'expert, comme le rappelle la fiche de la répression des fraudes sur l'assurance multirisque habitation. Vérifiez ce point dans vos conditions particulières avant de mandater qui que ce soit.
Si les deux experts ne se rejoignent pas, une tierce expertise peut être désignée. À défaut d'accord sur son nom, c'est le président du tribunal du lieu du sinistre qui tranche.
Modèle à recopier : contestation des conclusions de l'expert
Objet : contestation du rapport d'expertise et demande de contre-expertise. Sinistre n° [référence]. Envoi en lettre recommandée avec accusé de réception.
Madame, Monsieur,
J'ai bien reçu le rapport d'expertise relatif au sinistre cité en objet, dont je conteste les conclusions pour les motifs suivants : [reprendre chaque point contesté en le rattachant à un élément factuel : absence de sondage du sol, désordres non relevés, évolution des fissures non prise en compte, chiffrage inférieur aux devis obtenus].
Je vous rappelle que la garantie couvre les dommages qui affectent la solidité du bâti ou entravent l'usage normal du bâtiment, mais également ceux qui, sans présenter encore ces caractéristiques, sont de nature à évoluer défavorablement. Les éléments joints établissent cette évolution.
En conséquence, je vous demande de m'indiquer les modalités de mise en œuvre de la contre-expertise prévue au contrat, ainsi que les conditions dans lesquelles je peux me faire assister par un expert de mon choix.
À défaut de réponse sous un mois, je saisirai le service réclamations puis, le cas échéant, le médiateur compétent.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Exemple à adapter. Chaque motif de contestation doit renvoyer à un constat précis de votre rapport d'expertise et s'appuyer sur vos justificatifs. Pour un litige à fort enjeu, faites relire le courrier par un professionnel.
Si le désaccord persiste, la marche à suivre compte deux étapes obligatoires avant le médiateur.
- Signaler le désaccord par écrit à votre interlocuteur habituel, conseiller, agent ou courtier
- Saisir ensuite le service réclamations de la compagnie, dont les coordonnées figurent dans les conditions générales. Il dispose de deux mois pour répondre
Sans réponse ou sans accord amiable, la Médiation de l'assurance peut être saisie gratuitement, tant qu'aucun tribunal ni autre médiateur n'a été saisi et dans l'année qui suit votre réclamation écrite. Les démarches sont décrites sur la fiche officielle des recours en cas de litige avec un assureur.
À noter. Pour un sinistre sécheresse reconnu en catastrophe naturelle, le délai pour agir contre l'assureur est de cinq ans à compter de l'événement, au lieu des deux ans habituels, en application de l'article L114-1 du code des assurances. Ce délai allongé ne vaut pas pour les contrats déjà en cours au 28 décembre 2021, restés soumis aux deux ans.
Télécharger les documents qui appuient le dossier
Quatre ressources publiques couvrent les moments où un dossier se joue : la demande en mairie, la discussion technique avec l'expert, et la recherche d'un manquement du constructeur.
Le formulaire que votre mairie doit remplir et transmettre à la préfecture. Le présenter au service urbanisme ou au secrétariat de mairie fait souvent gagner des semaines, surtout dans les petites communes où personne n'a jamais monté ce type de dossier. Pour la sécheresse, le maire renseigne des dates sur une année civile complète et joint le recensement des bâtiments touchés. Plus votre signalement est précis, plus le dossier communal tient.
Accéder au formulaireLa fiche technique qui décrit le mécanisme avec les mots employés par les experts. Elle explique pourquoi la maison fait écran à l'évaporation et pourquoi le sol bouge donc davantage en périphérie qu'au centre, situe le front de dessiccation entre 2 et 4 mètres lors d'un épisode long, et liste les hydratations accidentelles qui referment les fissures l'hiver : fuite de réseau, regard de pied de chute non étanche, drain branché sur les eaux pluviales, tranchée de raccordement qui canalise l'eau sous la construction. Elle rappelle aussi les profondeurs d'ancrage attendues, 80 centimètres en aléa faible à moyen et 120 en aléa fort, le joint de rupture entre la maison et le garage, et l'interdiction des remblais granulaires contre les fondations. Autant de points à confronter au rapport d'expertise.
Télécharger la ficheLa pièce à confronter au dossier de votre constructeur quand la maison a moins de dix ans. Elle pose deux exigences que beaucoup de chantiers de maison individuelle contournent : une étude géotechnique de conception de niveau G2 phase projet au minimum, et une étude de structure par un bureau d'études techniques. Elle insiste aussi sur le cas du terrain en pente, où la maison fait barrage à l'écoulement et accumule l'eau contre les fondations, et rappelle que les prescriptions des documents techniques unifiés sont des minimums, pas un objectif.
Télécharger la plaquetteLe carrelage qui claque et les cloisons qui se fendent ne viennent pas toujours des semelles de fondation. Cette fiche traite l'affaissement du dallage, ses manifestations, fissures dans les cloisons et les revêtements de sol, arrachements de canalisations passant sous la dalle, et ses causes, dont une couche argileuse peu perméable juste sous le niveau des fondations qui retient l'eau et provoque des tassements différentiels. La distinction pèse dans un rapport d'expertise, puisqu'elle oriente vers un autre chiffrage de reprise.
Télécharger la fiche
Les erreurs qui font perdre l'indemnisation
Les dossiers rejetés le sont rarement pour une raison technique. Ce sont presque toujours des questions de calendrier et de justificatifs. Voici celles qui reviennent le plus souvent.
- Attendre l'arrêté pour photographier les fissures, alors que l'évolution documentée constitue votre meilleur argument
- Compter les trente jours à partir de l'apparition des désordres et non de la publication au Journal officiel
- Reboucher les fissures avant le passage de l'expert, ce qui efface les repères de mesure
- Déclarer par téléphone ou par courriel sans conserver de trace datée de l'envoi
- Mandater un expert à vos frais avant même d'avoir déclaré le sinistre, alors que l'expertise de l'assureur est à sa charge
- Encaisser l'indemnité sans réaliser les travaux, puis vendre sans annexer la liste des travaux restés en attente
Un dernier point pèse lourd et se prépare des mois à l'avance. Si votre maison a été construite après octobre 2020, retrouvez l'étude géotechnique remise lors de l'achat du terrain ou de la signature du contrat de construction. Ce document figure parmi les pièces exigibles par l'expert, et son absence ralentit systématiquement l'instruction.
Questions fréquentes
Mon assurance habitation couvre-t-elle les fissures sans arrêté de catastrophe naturelle ?
Quel délai pour déclarer un sinistre sécheresse à mon assureur ?
La franchise de 1 520 euros peut-elle être doublée ou triplée ?
Que se passe-t-il si je déclare après les trente jours ?
Toutes les fissures sont-elles indemnisées au titre de la sécheresse ?
Puis-je utiliser l'indemnité pour autre chose que les travaux ?
Suis-je obligé d'accepter l'expert envoyé par mon assureur ?
Combien de temps l'expert a-t-il pour se prononcer sur la cause ?
Une maison sans permis ou sans attestation argile est-elle couverte ?
Combien de temps puis-je encore agir contre mon assureur ?
Dois-je signaler des fissures déjà indemnisées quand je vends ?
Mon voisin a fait des travaux et ma façade s'est fissurée, que faire ?
- La cause du désordre commande le régime : sécheresse vers la catastrophe naturelle, malfaçon récente vers la décennale, chantier voisin vers la responsabilité du tiers
- 30 jours après la publication de l'arrêté pour déclarer un sinistre sécheresse, et le compteur part de la parution, pas de la découverte de la fissure
- Franchise légale de 1 520 euros, sans majoration possible pour un particulier depuis 2023
- La garantie sécheresse finance les travaux qui arrêtent les désordres touchant la solidité ou l'usage du logement, pas les fissures esthétiques
- Une liste de pièces fixée par arrêté conditionne le départ du délai d'expertise, dont vos études géotechniques ou une déclaration sur l'honneur d'absence
- Un refus se conteste : contre-expertise, tierce expertise, médiation gratuite, puis recours devant le tribunal administratif contre le refus de reconnaissance