ICPE : l’étude de sol obligatoire à la cessation d’activité

Une station-service, un garage, un pressing ou un entrepôt logistique laissent des traces dans leur sol : hydrocarbures, solvants, métaux lourds. Le jour où l'activité s'arrête, l'exploitant doit faire vérifier l'état des terrains, et cette vérification relève d'un diagnostic de pollution, pas d'une étude de fondations. La confusion entre les deux bloque beaucoup de dossiers. On détaille qui est concerné, à quel moment l'analyse devient obligatoire, qui signe l'attestation, et ce qui distingue cette démarche d'une étude géotechnique.

Infographie sur l'etude de sol ICPE : cessation d'activite, attestations obligatoires et bureau d'etudes certifie sites et sols pollues
Sommaire

Une installation classée, et pourquoi on surveille son sol

Une installation classée pour la protection de l'environnement, abrégée en ICPE, désigne une exploitation dont l'activité présente des dangers ou des inconvénients pour le voisinage, la santé, la sécurité, l'agriculture ou les milieux naturels. La définition vient de l'article L511-1 du Code de l'environnement. Derrière ce terme administratif se cachent des sites très courants.

  • Stations-service et garages automobiles
  • Pressings et ateliers de traitement de surface
  • Entrepôts logistiques et plateformes de stockage
  • Usines, fonderies, imprimeries
  • Élevages, déchèteries, carrières

Ces activités manipulent des carburants, des solvants ou des produits chimiques qui finissent par marquer le terrain. C'est pour cela que la réglementation impose de vérifier l'état du sol à certains moments de la vie de l'installation. Cette logique rejoint celle décrite dans notre dossier sur comment se diagnostique et se traite un sol pollué, mais le statut ICPE ajoute une couche d'obligations propres.

Le classement dépend de la gravité des risques. La nomenclature, fixée par décret, range chaque activité dans l'un des trois régimes suivants.

RégimeNiveau de risqueDémarche avant exploitation
Déclaration (D)Risques modérés et bien connusDéclaration en préfecture avant la mise en service
Enregistrement (E)Dangers encadrés par des prescriptions généralesAutorisation simplifiée, dossier déposé au préfet
Autorisation (A)Risques importants pour l'environnementDossier complet, étude d'impact, consultation du public, arrêté préfectoral

Le régime conditionne l'ampleur des obligations à la fermeture du site. Certaines installations en déclaration relèvent en plus d'un contrôle périodique. Elles portent alors la mention « DC » dans la nomenclature.

Diagnostic ICPE ou étude géotechnique : deux analyses à ne pas confondre

Beaucoup d'exploitants tapent « étude de sol » en pensant à une seule prestation. Il en existe deux, avec des buts opposés. L'étude géotechnique mesure la solidité du terrain pour poser des fondations. Le diagnostic ICPE cherche des polluants. Un même terrain réclame parfois les deux, pour des raisons différentes.

CritèreÉtude géotechnique (G1 à G5)Diagnostic de sol ICPE
ObjectifMesurer la portance et la stabilité pour dimensionner les fondationsRechercher des polluants dans le sol et les eaux souterraines
Ce qu'on analyseArgiles, sable, roche, nappe, tassement, retrait-gonflementHydrocarbures, solvants, métaux lourds hérités de l'activité
CadreNorme NF P 94-500Cadre sites et sols pollués, norme NF X 31-620
Qui réaliseBureau d'études géotechniqueBureau d'études certifié sites et sols pollués
QuandAvant de construire, de vendre un terrain, ou après des fissuresÀ la cessation d'activité ou au changement d'usage du site

Attention : un rapport géotechnique G1 ou G2 ne dit rien sur la pollution du terrain. Et un diagnostic de pollution ne renseigne pas sur la capacité du sol à porter un bâtiment. Confondre les deux fait perdre du temps et de l'argent sur un dossier de cessation.

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La cessation d'activité, le moment qui déclenche le diagnostic

Tant que l'installation tourne, le diagnostic de pollution reste rare. Tout change à l'arrêt définitif. La procédure a été refondue par le décret n° 2021-1096 du 19 août 2021, pris en application de la loi ASAP du 7 décembre 2020. Elle s'applique aux cessations déclarées à partir du 1er juin 2022 et se déroule en quatre temps.

  1. 1

    Mise à l'arrêt définitif

    L'exploitant notifie au préfet l'arrêt de l'installation, dans les délais fixés selon le régime.

  2. 2

    Mise en sécurité du site

    Évacuation des produits dangereux, vidange des cuves, suppression des accès non contrôlés, surveillance des risques immédiats.

  3. 3

    Détermination de l'usage futur

    L'usage prévu pour le terrain oriente le niveau de dépollution attendu : logements, commerce, industrie ou friche.

  4. 4

    Réhabilitation ou remise en état

    Un mémoire de réhabilitation fixe les travaux. Une fois réalisés, leur conformité aux objectifs est vérifiée.

À noter : pour une installation soumise à déclaration, l'obligation d'attestation de mise en sécurité figure à l'article L512-12-1 du Code de l'environnement. Le texte de référence reste le décret du 19 août 2021 sur la cessation d'activité des ICPE.

Les attestations obligatoires et le bureau certifié

La grande nouveauté de la réforme tient en un mot : attestation. L'exploitant ne se contente plus de déclarer ses travaux. Il les fait attester par une entreprise certifiée pour les sites et sols pollués. Le nombre d'attestations dépend du régime de l'installation.

AttestationCe qu'elle garantitRégimes concernés
Mise en sécuritéLes mesures de mise en sécurité du site ont bien été réaliséesDéclaration, enregistrement et autorisation
Adéquation de la réhabilitationLes mesures de gestion proposées conviennent à l'usage futur du terrainEnregistrement et autorisation
Conformité des travauxLes travaux réalisés respectent les objectifs de réhabilitationEnregistrement et autorisation

Côté certification, les règles ont été clarifiées récemment. Un point mérite l'attention. L'ancien arrêté du 19 décembre 2018 et la version 2018 de la norme NF X 31-620 ont été annulés par le Conseil d'État (décision du 21 juillet 2021, effet au 1er mars 2022). Le cadre en vigueur repose désormais sur l'arrêté du 9 février 2022 et sur la version de décembre 2021 de la norme NF X 31-620.

Attention : un bureau non certifié ne signe pas ces attestations. Sans elles, le dossier de cessation reste ouvert et le terrain garde un statut administratif bloquant pour une revente ou un futur projet. Vérifiez la certification avant de signer le devis.

Comment se déroule un diagnostic de pollution des sols

Le diagnostic ne se résume pas à des prélèvements. Il commence par les archives et finit par une interprétation au regard de l'usage prévu. Voici les phases d'une démarche encadrée par la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués.

  1. 1

    Étude historique et documentaire

    Reconstitution du passé du site : anciennes cuves, zones de stockage, rejets, archives industrielles et photos aériennes.

  2. 2

    Visite du terrain

    Repérage des dalles tachées, des stockages enterrés, des odeurs et des indices visibles de contamination.

  3. 3

    Sondages et prélèvements

    Carottages dans le sol et pose de piézomètres pour prélever les eaux souterraines aux endroits à risque.

  4. 4

    Analyses en laboratoire

    Recherche ciblée des polluants attendus selon l'activité : hydrocarbures, solvants chlorés, métaux.

  5. 5

    Interprétation selon l'usage

    Comparaison des teneurs mesurées aux usages prévus, puis plan de gestion si une pollution dépasse les seuils acceptables.

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Coûts et délais : ce qui fait varier la facture

Il n'existe pas de barème officiel pour un diagnostic de pollution, contrairement aux missions géotechniques G1 à G5. Le prix dépend de chaque site. Annoncer un montant fixe n'aurait pas de sens. Plusieurs facteurs font monter ou descendre la note.

  • La surface du site : plus le terrain est grand, plus il faut de points de sondage.
  • L'ancienneté et le type d'activité : un site avec un long passé chimique demande des recherches plus poussées.
  • Le nombre de sondages et de prélèvements : il découle de l'étude historique et des zones à risque.
  • La profondeur de la nappe : une nappe proche impose des piézomètres et des analyses d'eau.
  • Le type de polluants recherchés : chaque famille analysée a son coût de laboratoire.

À noter : les délais suivent la même logique. Un diagnostic simple sur une petite parcelle se boucle vite, alors qu'une friche industrielle avec sondages profonds et suivi de nappe s'étale sur plusieurs mois. Le plus fiable reste un devis bâti sur l'historique réel du site.

Acheter ou réaménager un ancien site classé

Reprendre une friche pour y construire des logements ou des commerces réclame des précautions. Le passé industriel du terrain conditionne la suite du projet. Un acquéreur averti contrôle plusieurs points avant de s'engager.

Avant d'acheter un ancien site classé

Statut du terrain : vérifier s'il figure dans un secteur d'information sur les sols sur le portail Géorisques.
Passé du site : consulter la carte des anciens sites industriels (CASIAS) pour connaître les activités passées.
Historique de fermeture : demander à l'ancien exploitant les attestations délivrées lors de la cessation.
Permis de construire : prévoir une attestation au titre de la norme NF X 31-620 sur un terrain classé en secteur d'information.
Portage de la dépollution : étudier le mécanisme de tiers demandeur pour répartir la responsabilité des travaux.

Bon à savoir : un aménageur ou un promoteur a la faculté de se substituer à l'exploitant pour réhabiliter le site en vue d'un nouvel usage. C'est le mécanisme du tiers demandeur. Les secteurs d'information sur les sols sont annexés au plan local d'urbanisme et consultables sur le portail Géorisques dédié aux sites pollués.

À qui vous adresser selon votre besoin

Une cessation d'activité ou un projet sur un ancien site classé fait intervenir plusieurs acteurs. Voici qui contacter pour chaque étape.

Votre besoinInterlocuteur
Connaître le passé pollué d'un terrainPortail Géorisques : carte des anciens sites industriels (CASIAS) et secteurs d'information sur les sols
Réaliser le diagnostic et signer les attestationsBureau d'études certifié sites et sols pollués
Vérifier qu'un bureau est bien certifiéLNE, organisme certificateur de la démarche
Suivre la procédure de cessationInspection des installations classées, joignable via la préfecture ou la DREAL
Construire sur un ancien site classéService urbanisme de la mairie, plus un bureau certifié pour l'attestation

Guides publics pour préparer votre dossier

Trois documents officiels téléchargeables détaillent la procédure et les pièges à éviter. Ils servent de base avant de demander un devis.

La cessation d'activité des installations classées (DGPR)

Plaquette de la Direction générale de la prévention des risques. Elle résume les références réglementaires (article 57 de la loi ASAP, décret du 19 août 2021), les étapes de la procédure et le rôle des bureaux d'études certifiés. Un bon point de départ pour un exploitant qui ferme son site.

Consulter la plaquette (PDF)
Petit guide pour la reconversion des friches (DREAL Auvergne-Rhône-Alpes)

Guide destiné aux aménageurs qui reprennent d'anciens sites industriels. Il explique la réglementation, le mécanisme du tiers demandeur et les leviers pour maîtriser le calendrier et la responsabilité d'une réhabilitation. Utile avant d'acheter une friche pour construire.

Consulter le guide (PDF)
Historique des obligations à la cessation d'activité (DREAL Auvergne-Rhône-Alpes)

Tableau qui retrace l'évolution des règles de cessation d'activité depuis 1977 jusqu'à l'arrivée des attestations par bureau certifié. Pratique pour situer une cessation ancienne ou comprendre quel régime s'applique selon la date de l'arrêt.

Consulter le document (PDF)

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une installation classée pour la protection de l'environnement
Une ICPE est une exploitation dont l'activité présente des dangers ou des inconvénients pour le voisinage, la santé, la sécurité, l'agriculture ou l'environnement. La liste des activités concernées figure dans une nomenclature fixée par décret. Garages, stations-service, pressings, usines et entrepôts en font souvent partie.
En quoi un diagnostic ICPE diffère-t-il d'une étude géotechnique
L'étude géotechnique mesure la portance du sol pour dimensionner des fondations. Le diagnostic ICPE recherche des polluants dans le sol et les eaux souterraines. Le premier relève de la norme NF P 94-500, le second du cadre sites et sols pollués et de la norme NF X 31-620. Les deux ne se remplacent pas.
Quand une installation classée doit-elle faire analyser ses sols
Le moment principal est la cessation d'activité, lorsque le site est mis à l'arrêt définitif. L'analyse intervient aussi au changement d'usage du terrain, par exemple pour transformer une ancienne usine en logements. En cours d'exploitation, des contrôles ponctuels restent possibles selon les prescriptions.
Quels sont les trois régimes d'une installation classée
La déclaration vise les risques modérés et connus, avec une simple déclaration en préfecture. L'enregistrement est une autorisation simplifiée pour des dangers encadrés par des prescriptions générales. L'autorisation concerne les risques importants et impose un dossier complet, une étude d'impact et une consultation du public.
Comment se déroule la cessation d'activité d'une ICPE
Depuis le décret du 19 août 2021, la procédure suit quatre étapes : la mise à l'arrêt définitif, la mise en sécurité du site, la détermination de l'usage futur, puis la réhabilitation ou la remise en état. Ces règles s'appliquent aux cessations déclarées à partir du 1er juin 2022.
Qu'est-ce que la mise en sécurité d'un site classé
La mise en sécurité consiste à supprimer les dangers immédiats après l'arrêt : évacuation des produits, vidange et neutralisation des cuves, contrôle des accès, surveillance des installations. Elle précède toute réflexion sur la dépollution et fait l'objet d'une attestation par une entreprise certifiée.
Quelles attestations l'exploitant doit-il fournir à la fermeture
Pour une installation en déclaration, l'attestation de mise en sécurité suffit. Pour l'enregistrement et l'autorisation, s'y ajoutent l'attestation d'adéquation des mesures de réhabilitation, puis celle de conformité des travaux réalisés. Toutes sont signées par une entreprise certifiée sites et sols pollués.
Qui délivre l'attestation d'une ICPE
Seule une entreprise certifiée pour les sites et sols pollués, conformément à l'arrêté du 9 février 2022, signe ces attestations. La certification s'appuie sur la norme NF X 31-620 de décembre 2021. Le LNE est l'organisme certificateur de référence. Un bureau non certifié ne valide pas le dossier.
Qu'est-ce que la norme NF X 31-620
C'est la norme qui encadre les prestations de services relatives aux sites et sols pollués : études, assistance, contrôle, conception et attestations. Sa version de décembre 2021 sert de référence après l'annulation par le Conseil d'État de la version 2018. Elle se décline en cinq parties.
Qu'est-ce que le mécanisme du tiers demandeur
Le tiers demandeur est un aménageur ou un promoteur qui se substitue à l'exploitant pour réhabiliter un ancien site classé en vue d'un nouvel usage. Il prend en charge la réhabilitation adaptée au projet, après accord du préfet. Ce dispositif facilite la reconversion des friches industrielles.
Faut-il une étude de sol pour acheter une friche industrielle
Sur un terrain classé en secteur d'information sur les sols, une demande de permis de construire ou d'aménager doit s'accompagner d'une attestation établie par un bureau certifié. Elle garantit qu'une étude des sols a été menée et que ses résultats ont été intégrés au projet. Vérifier le statut du terrain sur Géorisques reste le premier réflexe.
Combien coûte un diagnostic de pollution des sols pour une ICPE
Aucun barème officiel n'existe pour ce diagnostic. Le coût varie selon la surface du site, son passé industriel, le nombre de sondages, la profondeur de la nappe et les polluants recherchés. Un devis bâti sur l'historique réel du terrain donne le chiffrage le plus juste.

À retenir

  • Une étude de sol ICPE est un diagnostic de pollution, pas une étude géotechnique de fondations.
  • L'obligation se déclenche surtout à la cessation d'activité, selon le décret du 19 août 2021 applicable depuis le 1er juin 2022.
  • La procédure suit quatre temps : arrêt définitif, mise en sécurité, usage futur, réhabilitation.
  • Les attestations sont signées par une entreprise certifiée sites et sols pollués (arrêté du 9 février 2022, norme NF X 31-620 de 2021).
  • Aucun barème officiel pour le prix : la facture dépend de la surface, du passé du site et des polluants recherchés.
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Rédigé par

Marc Cordeval

Rédacteur web indépendant spécialisé dans les travaux et l'aménagement, je supervise les contenus d'Expertgeotechnique.com pour vous proposer des articles simples, clairs et faciles à comprendre.

Notez que malgré nos efforts, des erreurs ou omissions peuvent parfois se glisser dans nos contenus. Si vous en constatez une, contactez la rédaction : nous corrigerons rapidement. Chaque terrain étant unique, consultez un bureau d'études géotechniques certifié avant toute décision. Merci, l'équipe ExpertGeoTechnique.com

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