
Un piézomètre, c'est un tube en PVC descendu dans un forage et laissé en place, avec un capot verrouillé qui dépasse du sol. L'eau de la nappe monte à l'intérieur, à la même hauteur que dans le terrain autour. On y descend une sonde et on lit la profondeur, une fois quand la nappe est basse, une fois quand elle est haute. On voit ici de quoi ce tube est fait, comment se lit un relevé, et pourquoi une mesure isolée ne suffit pas à caler un projet.
Sommaire
- À quoi sert un piézomètre
- Comment le tube est posé dans le forage
- Relever le niveau : la sonde ou l'enregistreur
- Un seul relevé ne dit rien du battement de la nappe
- Ce que le niveau d'eau change sur votre projet
- Ce qui fait le prix d'un suivi
- Les données publiques que vous pouvez consulter
- Questions fréquentes
À quoi sert un piézomètre
Le tube est percé de fentes sur sa partie basse, en face de la couche qui contient l'eau. C'est par là que la nappe entre. Ce dispositif sert à trois choses, et à rien d'autre :
- Savoir à quelle profondeur se trouve l'eau sous votre parcelle, aujourd'hui.
- Revenir mesurer en basses eaux puis en hautes eaux, et voir de combien elle a bougé.
- Donner au géotechnicien la cote de calcul qui décide d'un cuvelage, d'un drain ou d'un vide sanitaire.
Il ne dit rien de la résistance du sol et ne décrit pas les couches traversées. Ce sont les sondages et les essais qui s'en chargent.
Un sondage classique, lui, se rebouche à la fin de la journée. C'est là toute la différence avec le matériel qu'un bureau d'études emmène sur le terrain puis remballe le soir : le piézomètre, lui, reste. Un sondage signale une venue d'eau à un instant précis, et cette venue est souvent trompeuse. Le fluide de forage brouille la lecture, le trou n'a pas eu le temps de se remplir, l'eau monte ou descend encore une heure après le départ de la foreuse.
| Ce que vous cherchez | Sondage de reconnaissance | Piézomètre |
|---|---|---|
| Voir les couches du sol | Oui, c'est son objet | Oui, pendant le forage |
| Savoir s'il y a de l'eau | Une venue d'eau, souvent perturbée | Un niveau stabilisé |
| Revenir mesurer plus tard | Non, le trou est rebouché | Oui, l'ouvrage reste en place |
| Voir l'eau monter et descendre | Non | Oui, c'est tout son intérêt |
| Suivre un chantier de terrassement | Non | Oui, avant et pendant les travaux |
À noter : la norme NF X10-999 du 30 août 2014 définit le piézomètre comme un dispositif servant à mesurer la hauteur de l'eau en un point d'un système aquifère, en permettant l'observation ou l'enregistrement des variations d'un niveau d'eau libre ou d'une pression. Le mot important est « variations ». Un piézomètre qu'on ne relève qu'une fois coûte le prix d'un forage pour l'information d'un sondage.
Comment le tube est posé dans le forage
La pose ressemble à un empilement de couches, et chacune a une fonction précise. Rater une seule d'entre elles fausse toutes les mesures qui suivront.
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1
Le forage
On fore jusque sous le niveau de la nappe, en notant les terrains traversés. Le diamètre laisse assez de place autour du tube pour glisser le gravier.
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2
Le tube crépiné
Un tube PVC ou PEHD descend au fond. La partie basse, la crépine, est fendue pour laisser passer l'eau. Au-dessus, le tube est plein, pour que l'eau de pluie ne rentre pas par le côté.
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3
Le massif filtrant
Du gravier calibré est versé autour de la crépine. Il laisse passer l'eau et retient les fines, sinon le tube se colmate en quelques mois.
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4
Le bouchon d'argile
Au-dessus du gravier, un bouchon de bentonite gonfle au contact de l'eau et ferme le passage. Sans lui, l'eau de surface descend le long du tube et vous mesurez la pluie de la veille.
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5
La tête protégée
Le tube dépasse sous un capot verrouillé, ou se termine dans un regard de chaussée si le terrain est carrossable. Un repère est gravé sur la tête : toutes les mesures partiront de là.
Attention : un piézomètre est un ouvrage déclaré, pas un simple tube planté dans un jardin. Deux démarches peuvent s'appliquer :
- Au-delà de 10 m de profondeur, une déclaration au titre du code minier, en ligne sur le téléservice DUPLOS. L'ouvrage reçoit alors un code et entre dans la banque du sous-sol.
- Pour un forage destiné à surveiller les eaux souterraines, une déclaration au titre de la loi sur l'eau, qui suit les règles de l'arrêté du 11 septembre 2003.
Demandez qui s'en charge avant de signer le devis.
Pour choisir l'emplacement du tube, le guide d'application de cet arrêté recommande aussi des distances minimales à respecter face aux sources de pollution :
- 200 m d'une décharge ou d'un stockage de déchets.
- 35 m d'un ouvrage d'assainissement.
- 35 m d'un stockage d'hydrocarbures, de produits chimiques ou de produits phytosanitaires.
Deux familles de documents publics aident à voir concrètement. D'abord trois comptes rendus de chantiers réels du BRGM, avec coupes techniques, photos et heures de pose. Ensuite un guide national qui cadre l'usage et le suivi. Tous se téléchargent librement.
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Piézomètre de Loye-sur-Arnon, compte rendu de fin de travaux
Un tube de 36,5 m dans le Cher, posé en une journée. Le rapport donne le déroulé heure par heure : foration en 225 mm de 10h à 11h30, tubage PVC 112/125 mm avec centreurs, gravier puis billes de bentonite, coulis de ciment, capot et dalle de propreté de 1 m sur 1 m. Le niveau statique y est relevé à 17,82 m sous le haut du tube, soit environ 16,8 m sous le sol.
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Dossier de déclaration d'un piézomètre à Loye-sur-Arnon
Le dossier déposé avant le chantier, sur le même site. Il contient la coupe technique prévisionnelle, tube plein de 0 à 15 m, crépiné de 15 à 40 m, massif filtrant, bouchon d'argile, cimentation jusqu'au sol, et précise que le tubage dépassera le sol d'environ 0,5 m. C'est le document type à demander à votre bureau d'études avant les travaux.
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Piézomètre de La Courneuve, rapport de fin de travaux
Un chantier urbain en Seine-Saint-Denis, mené selon la norme NF X10-999. Un mois de travaux, dont huit jours de foration, pour un tube de 83,4 m au lieu des 80 m prévus. Le repère de mesure est photographié, et le rapport donne les deux lectures du même jour : 4,09 m sous le haut du tube, 3,49 m sous le terrain naturel.
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Surveillance de la qualité des eaux souterraines, guide d'application
Le document de référence sur l'usage d'un piézomètre, au-delà de sa pose. Il explique la différence entre nappe libre, captive et perchée, décrit ce qu'un ouvrage doit permettre de mesurer, et fixe le contenu attendu d'un rapport de surveillance. Écrit pour les sites industriels, il reste le cadre le plus clair pour comprendre à quoi sert un suivi et comment le lire.
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Le tube est en place. Reste à savoir ce qu'on en tire, et avec quoi.
Relever le niveau : la sonde ou l'enregistreur
Deux méthodes, deux usages. L'une donne un point, l'autre donne une courbe.
La sonde lumineuse, pour un relevé de passage
C'est un ruban gradué avec un petit contact au bout. Dès que la pointe touche l'eau, un signal sonore et lumineux se déclenche. On lit alors la graduation à hauteur du repère. Le chiffre obtenu, une fois l'eau immobile, s'appelle le niveau statique. Quelques minutes suffisent par tube.
Les modèles courants sur les chantiers français sont les sondes Solinst des séries 101 et 102, ou les sondes OTT de la série KL, avec des rubans de 30 à 100 m selon la profondeur des ouvrages.
L'enregistreur, pour voir la courbe
C'est une sonde de pression que l'on descend dans le tube, reliée à un câble, et qui note un point par heure. On la relève lors d'une visite, ou elle transmet les données toute seule. C'est le seul moyen de voir la nappe réagir à trois jours de pluie ou à un pompage voisin.
Les enregistreurs les plus répandus sont les Levelogger de Solinst et les ecoLog d'OTT. Ils mesurent le niveau et la température, et certains ajoutent la conductivité de l'eau.
| Critère | Sonde lumineuse | Enregistreur de pression |
|---|---|---|
| Résultat | Un niveau, à l'instant du passage | Une courbe continue |
| Fréquence | Ce que vous payez de visites | Jusqu'à un point par heure |
| Déplacement | À chaque mesure | Pour poser, relever, retirer |
| Ce qu'elle rate | Les pics entre deux visites | Rien, tant que la pile tient |
| Quand la choisir | Maison individuelle, suivi léger | Sous-sol, rabattement, terrain à enjeu |
Le piège de la lecture : une profondeur de nappe se compte à partir du repère de mesure, gravé sur la tête du tube, pas à partir du sol. Sur le piézomètre de La Courneuve, le BRGM relève le même jour 4,09 m sous le haut du tube et 3,49 m sous le terrain naturel. Soixante centimètres d'écart, pour la même eau. La banque nationale applique la même règle et pose la relation : cote de l'eau en mètres NGF = altitude du repère moins la profondeur mesurée, comme le documente la fiche technique de l'API Piézométrie sur Hub'Eau. Prenez la profondeur pour une distance depuis le sol et vous calez un radier trop bas.
Un seul relevé ne dit rien du battement de la nappe
Le battement, c'est l'écart entre le niveau le plus haut et le niveau le plus bas relevés sur un même tube. C'est le chiffre qui intéresse votre projet, pas la mesure du jour.
Les dates du haut et du bas ne sont pas au hasard
Le BRGM suit un réseau national de 1 860 forages. Il donne un calendrier simple. La nappe se recharge du début de l'automne, en septembre ou octobre, au début du printemps, en mars ou avril. C'est l'hiver, quand les plantes ne pompent plus et que la pluie descend jusqu'à la nappe. Ensuite, de mai à octobre, la végétation reprend et le niveau baisse. Résultat : les niveaux les plus bas arrivent souvent en octobre et novembre, les plus hauts entre mars et mai. Ce calendrier est détaillé sur le dossier du BRGM sur le suivi des nappes phréatiques.
Traduction pour votre terrain : une mesure prise en fin d'été, en basses eaux, peut se retrouver un mètre ou plus sous le niveau que la nappe atteindra au printemps suivant. Décider d'un sous-sol sur cette seule valeur, c'est ignorer où sera l'eau six mois plus tard.
Toutes les nappes ne réagissent pas au même rythme
Le BRGM distingue deux comportements, et la durée de suivi utile n'est pas la même selon le terrain.
| Type de nappe | Terrains concernés | Comportement |
|---|---|---|
| Réactive | Sables, graviers, calcaires karstiques, granites altérés | Monte et descend vite, parfois dans la même saison. Une forte pluie d'été se voit sur la courbe. |
| Inertielle | Craie, calcaire non karstique, grès | Réagit lentement. Plusieurs hivers pluvieux d'affilée font monter le niveau année après année. |
Les erreurs qui vident un suivi de son sens
- Un relevé unique en fin d'été. Vous lisez le plancher annuel et vous le prenez pour la normale.
- Un suivi sur trois mois d'hiver. Vous voyez la montée, jamais le point haut ni la redescente.
- Un piézomètre posé à 5 m du fossé. Près d'un cours d'eau, le battement s'écrase et ne représente plus le reste du terrain.
- Un relevé pendant le pompage du chantier voisin. Vous mesurez un rabattement, pas la nappe.
- Une mesure prise le jour de la pose. Le forage n'est pas stabilisé, le niveau bouge encore.
La règle simple : au minimum un cycle complet, un point haut de printemps et un point bas d'automne. Sur une nappe inertielle, il faut regarder plusieurs années, et les chroniques publiques y suffisent souvent.
Ce que le niveau d'eau change sur votre projet
La profondeur de la nappe ne décide pas seulement d'un drain. Elle change le prix et la faisabilité de plusieurs postes.
| Poste du projet | Ce que le niveau haut déclenche |
|---|---|
| Sous-sol enterré | Cuvelage étanche et lestage du radier contre la poussée de l'eau, au lieu d'un simple voile béton |
| Vide sanitaire | Rehausse du plancher bas, ou vide sanitaire ventilé et drainé |
| Cuve et piscine | Ancrage contre la poussée d'Archimède, un bassin vide peut se soulever |
| Terrassement | Pompage de fouille, blindage, et parfois report du chantier au printemps sec |
| Infiltration des eaux de pluie | Dispositif d'infiltration inefficace si la nappe remonte sous le fond du puits |
| Fondations | Semelles hors nappe, ou reprise sous le niveau d'eau avec les contraintes que cela ajoute |
Le BRGM liste, parmi les dommages liés à une nappe qui affleure, l'inondation des caves et des parkings, la remontée des canalisations et des cuves enterrées sous la poussée de l'eau, les tassements différentiels, puis le gonflement des argiles suivi de leur retrait. Ce mécanisme est traité en détail dans notre page sur les remontées de nappe.
Ce qui fait le prix d'un suivi
Aucun barème public ne fixe le prix d'un piézomètre. Les montants qui circulent en ligne viennent de prestataires et varient du simple au triple selon le terrain. Plutôt qu'une fourchette qui ne tiendrait pas, voici les postes que vous devez retrouver ligne par ligne sur un devis.
Les lignes à vérifier sur un devis de piézomètre
Deux repères de bon sens. Le forage se paie une fois, les relevés se paient à chaque passage, donc un suivi long à la sonde revient parfois plus cher qu'un enregistreur. Et un piézomètre isolé, posé sans campagne de sondages, supporte seul les frais de déplacement de la machine.
Avant même de faire chiffrer, une heure sur votre ordinateur vous donne déjà une partie de la réponse.
Les données publiques que vous pouvez consulter
Les niveaux de nappe mesurés en France sont publics, gratuits et consultables sans compte. Au moment où ces lignes sont écrites, le portail ADES, banque nationale d'accès aux données sur les eaux souterraines, recense plus de 83 000 points d'eau, dont près de 5 800 piézomètres, et donne accès à plus de 23 millions de relevés de niveau. Ces compteurs montent chaque semaine.
Le plus rapide, pour un particulier : le visualiseur des chroniques piézométriques de Hub'Eau. Vous choisissez un département, puis un piézomètre, et la courbe s'affiche. Certaines séries remontent à plusieurs décennies.
Trois choses à en tirer, gratuitement, avant de commander quoi que ce soit :
- L'ordre de grandeur du battement dans votre secteur, en lisant l'écart entre les creux et les crêtes de la courbe.
- Les mois où la nappe monte et ceux où elle descend, sur la nappe qui vous concerne et pas sur la moyenne nationale.
- Le comportement du terrain lors des hivers très pluvieux des années passées.
Bon à savoir : ces piézomètres publics sont posés pour la gestion de la ressource en eau, souvent à plusieurs kilomètres de votre parcelle et parfois dans une autre couche géologique. Ils donnent le rythme et l'amplitude d'une nappe, pas la cote sous votre future maison. Ils servent à cadrer, à discuter un devis, et à repérer si un relevé isolé a été fait au plus bas de l'année. La cote sous vos fondations, elle, demande un tube sur place.
Questions fréquentes
À quoi sert un piézomètre sur un terrain de construction
Quelle différence avec un sondage géotechnique
Comment un piézomètre est-il équipé
À quoi sert le bouchon d'argile
Comment relève-t-on le niveau d'eau
Qu'est-ce que le niveau statique
Depuis quel point se mesure la profondeur de la nappe
Pourquoi un seul relevé ne suffit pas
À quelle période la nappe est-elle au plus haut
Qu'est-ce que le battement de la nappe
Combien de temps faut-il suivre un piézomètre
Un piézomètre doit-il être déclaré
À retenir
- Le piézomètre est un tube crépiné laissé en place. Un sondage se rebouche, lui reste et se relit.
- La pose tient en cinq couches : forage, tube crépiné, gravier calibré, bouchon de bentonite, tête protégée.
- La profondeur se compte depuis le repère gravé sur la tête du tube, pas depuis le sol. L'écart atteint 60 cm sur le piézomètre de La Courneuve.
- Basses eaux en général en octobre et novembre, hautes eaux entre mars et mai. Un relevé de fin d'été donne le plancher.
- Un cycle annuel complet au minimum. Plusieurs années sur une nappe inertielle, dans la craie ou les grès.
- Au-delà de 10 m, déclaration au titre du code minier par le téléservice DUPLOS. Pour la surveillance des eaux souterraines, déclaration loi sur l'eau.
- Aucun barème public n'existe sur le prix. Faites détailler le devis poste par poste, rebouchage compris.
- ADES met en ligne près de 5 800 piézomètres et plus de 23 millions de niveaux d'eau, gratuitement.