Inclinomètre : lire les mouvements d’un terrain (2026)

Inclinomètre : lire les mouvements d'un terrain

Un inclinomètre est une sonde que l'on descend dans un tube à rainures, scellé dans un forage. Tous les 50 cm, elle relève de combien le tube penche. Toute sa valeur vient de la répétition : en comparant le relevé du jour au précédent, on voit à quelle profondeur le terrain bouge, dans quelle direction et à quelle vitesse. On détaille la lecture de la courbe, la pose du tube, le rythme des mesures et ce qui fait la facture.

Sommaire

À quelle profondeur le terrain glisse

Le résultat d'une campagne tient dans un graphique : la profondeur en ordonnée, le déplacement en abscisse, une courbe par date de mesure. Le terrain glisse rarement en bloc. Il glisse le long d'une surface, souvent une couche d'argile ramollie de quelques décimètres. C'est cette surface que la courbe trahit.

Deux courbes, deux lectures

Un dépouillement produit toujours deux graphiques. Le déplacement local montre ce qui bouge à chaque profondeur, mesure par mesure. Le déplacement cumulé additionne ces valeurs depuis le bas du tube et dessine la forme réelle prise par le tube.

Sur la courbe cumulée, un plan de glissement franc apparaît comme une cassure : le tube reste presque vertical en dessous, presque vertical au-dessus, et décalé entre les deux. Le tracé réel est rarement aussi net, mais l'idée tient. Sur la courbe locale, la même chose donne un pic isolé, à la cote de la surface de rupture.

Allure du profil cumulé Ce que ça signifie La suite
Verticale presque droite Rien qui dépasse l'incertitude de mesure Poursuivre les campagnes, une seule série ne prouve rien
Cassure nette à une cote Surface de rupture localisée à cette profondeur Le calcul de stabilité et le dimensionnement des travaux se calent dessus
Courbure étalée sur plusieurs mètres Zone cisaillée épaisse plutôt qu'un plan franc Suivre l'épaisseur de la zone autant que sa cote
Déplacement qui continue jusqu'en pied Le fond du tube bouge aussi, le point fixe est perdu Aucun déplacement absolu exploitable, forage à prolonger
Tête qui bascule, profondeur immobile Mouvement superficiel, ou repère de tête déplacé Contrôler la tête et les repères avant de conclure

Tout se compare à la mesure d'origine

Aucun forage n'est parfaitement vertical. La première série, réalisée une fois le coulis durci, sert donc de zéro. Chaque campagne suivante est soustraite à cette origine, et le calcul démarre du pied du tube, supposé immobile. Sans ce point fixe, aucun déplacement absolu ne peut être calculé.

Un cas concret : sur le glissement des Touches, à Corps en Isère, le Cerema situe les surfaces de glissement vers 10 m de profondeur, dans des argiles litées déposées au fond d'un lac glaciaire. Sur le site voisin de Quet-en-Beaumont, la rupture la plus profonde se lit à 23 m. Deux versants séparés de quelques kilomètres, la même géologie d'ensemble, et deux cotes de rupture qui n'ont rien à voir. Aucune carte ne remplace le tube.

Ce que l'appareil mesure, et ce qu'il ignore

La sonde ne mesure pas un déplacement. Elle mesure des angles. Deux accéléromètres montés perpendiculairement enregistrent l'inclinaison du tube par rapport à la verticale, dans deux directions notées A et B. Le logiciel transforme ces angles en centimètres, et les deux axes donnent la direction du mouvement.

Le résultat, en clair, tient en quatre grandeurs :

  • La profondeur de la surface de rupture.
  • L'amplitude du déplacement à chaque cote.
  • La direction du mouvement, azimut compris.
  • La vitesse, dès la deuxième campagne.

L'inclinomètre fait partie des appareils de mesure que le géotechnicien emporte sur le terrain, mais il joue dans une autre catégorie que les essais réalisés directement sur le terrain. Le pressiomètre ou le scissomètre livrent une caractéristique du sol en une journée. Lui livre une évolution, et sa valeur vient de la répétition des visites.

Instrument Ce qu'il donne Ce qu'il ne donne pas
Inclinomètre Profil de déplacement horizontal sur toute la hauteur du tube, avec direction Ni le niveau d'eau, ni la résistance du sol, ni les tassements verticaux
Extensomètre Variation de distance entre deux points, souvent en surface Aucune cote de rupture en profondeur
Piézomètre Niveau de la nappe et ses variations saisonnières Aucun déplacement
Suivi par satellite ou GPS Déplacements de surface, en continu Rien sur ce qui se passe sous les pieds

Attention : un tube inclinométrique laisse souvent passer l'eau, ce qui donne l'illusion d'un piézomètre. Il n'en est pas un et le niveau lu dedans n'a pas de valeur. Or l'eau commande presque toujours le mouvement : aux Touches, les déplacements suivent de près les variations saisonnières de la nappe. Un inclinomètre sans piézomètre voisin mesure un effet sans jamais approcher sa cause. C'est pour cette raison que les deux se posent en binôme sur les glissements de terrain.

Poser le tube au bon endroit

Un tube mal posé produit des courbes pendant des années sans jamais rien prouver. Tout se joue en une demi-journée de forage. Le matériel, lui, n'a rien d'exotique : un tube plastique rainuré de 70 ou 85 mm de diamètre, quatre rainures à 90° pour guider la sonde, des éléments de 3 m rivetés bout à bout.

  • 1

    Le forage

    Le plus souvent destructif, avec un tubage provisoire si les terrains traversés s'éboulent. Le pied descend sous la zone en mouvement, dans un horizon stable.

  • 2

    La descente du tube

    Les éléments sont assemblés au fur et à mesure, rainures alignées. Une canne d'injection descend avec le tube jusqu'au fond du forage.

  • 3

    Le lestage

    Le tube est rempli d'eau. Sans ce poids, le coulis le fait remonter comme un bouchon de liège.

  • 4

    Le scellement

    Injection d'un coulis de ciment et de bentonite par le bas. Sa rigidité doit rester proche de celle du sol : trop dur, il rigidifie le forage, trop mou, il absorbe le mouvement au lieu de le transmettre.

  • 5

    La mesure d'origine

    Une fois le coulis pris, on relève le profil réel du tube tous les 0,5 m. Cette série devient la référence de tout le suivi.

Sur le terrain, cinq points font la différence entre un ouvrage exploitable et un forage perdu.

Ce qu'un tube réussi exige avant la première mesure

Un pied ancré dans du terrain stable, sous la profondeur de rupture supposée. Trop court, le tube bouge en entier et ne mesure plus rien.
Des accouplements télescopiques si les terrains tassent. Sinon le tube casse en traction.
Un repère de tête fixe et photographié, avec la convention d'orientation des rainures notée noir sur blanc.
Un piézomètre à proximité, pour relier plus tard les accélérations aux montées d'eau.
Un capot de protection, cadenassé si le site reçoit du public ou des engins.
Un terrain qui bouge, un tube à poser
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Une fois le tube en place, reste à savoir sur quels sites l'investissement se justifie.

Les chantiers où l'on pose un inclinomètre

L'instrument sert partout où un massif de sol travaille horizontalement et où l'on a besoin de savoir à quelle cote.

  • Versants et talus instables : localiser la surface de rupture pour dimensionner un drain, un terrassement ou des inclusions rigides.
  • Parois de soutènement et parois moulées : suivre la déformation de l'écran au fur et à mesure des passes de terrassement.
  • Remblais sur sols mous : contrôler le fluage latéral sous la charge.
  • Pieux chargés latéralement : mesurer la déformée du fût.
  • Barrages, digues, tunnels : auscultation de longue durée.

Le nombre de tubes ne se décide pas au hasard. Sur les quatre sites pilotes du projet Cerema de suivi des glissements lents le long de la RN85, deux stations GPS installées de part et d'autre de la zone la plus déformée affichent respectivement moins de 2 cm par an et 6,5 cm par an. Un seul point de mesure décrit un point, pas un versant.

Bon à savoir : le Cerema surveille le versant des Ruines de Séchilienne, en Isère, depuis 1986, avec des extensomètres et des inclinomètres. Dans un forage profond du site, la direction du mouvement mesurée à 40 m et celle mesurée à 80 m ne pointent pas au même endroit, et l'amplitude reste toujours plus forte entre ces deux cotes. Un même forage abrite parfois plusieurs mécanismes superposés.

Trois rapports publics montrent le tube inclinométrique au travail, sur trois chantiers de nature différente. Ils donnent à voir ce qu'un appareil mesure sur le terrain, et aussi ce qui arrive quand la mesure est mal faite.

01 / Martinique (972) Glissement de Morne Calebasse, expertise BRGM 17 pages
Auteur : BRGM, rapport RP-70662 (2021)  ·  Site : versant urbanisé de Fort-de-France  ·  Sol : argiles bariolées d'altération sur tuffite

En mai 2011, un versant habité se met en mouvement après dix jours de pluie qui cumulent 340 mm. 75 habitations finissent interdites d'habiter. Le compte-rendu du 9 mai classe le forage équipé d'un inclinomètre en priorité numéro un des reconnaissances, à réaliser avant que l'accès au cœur du glissement ne soit coupé. Les suivis donnent une épaisseur en mouvement supérieure à 10 à 12 m, et l'un des tubes, le SC2-Exe, a été cisaillé à 19 m de profondeur : le glissement a coupé l'appareil qui le mesurait.

Ouvrir le rapport (PDF)
02 / Martinique (972) Même glissement, contre-expertise du CGEDD 59 pages
Auteur : CGEDD, rapport 008932-01 (2013)  ·  Objet : audit des études et du confortement  ·  Annexe technique : CETE-Méditerranée

Le même site, vu par les auditeurs de l'État. Le rapport juge que les mesures inclinométriques y sont souvent de mauvaise qualité, avec un motif précis : certains relevés ne fournissent pas les variations angulaires et n'analysent ni les incertitudes ni les corrections. À l'inverse, l'absence de mouvement sert de preuve utile : trois tubes immobiles en bas de versant permettent d'écarter l'extension du glissement vers les maisons situées en aval. Le document montre qu'un inclinomètre ne vaut que par la rigueur du relevé.

Ouvrir le rapport (PDF)
03 / Guyane (973) Pont du Larivot sous surveillance par inclinomètres Bulletin Ouvrages d'art n 66
Auteur : Sétra, bulletin BOA n 66 (mars 2011)  ·  Ouvrage : pont routier  ·  Contexte : pile fondée sur pieux, un pieu rompu

Ici le tube ne surveille pas un versant mais un ouvrage d'art. Après la découverte, le 20 novembre 2009, d'un affaissement de 21 cm côté amont de la pile 13, le pont est fermé et un pieu est retrouvé rompu. Pendant la réparation, les inclinomètres suivent en continu le comportement de la pile, pour protéger les ouvriers puis les usagers. Le retour d'expérience va jusqu'à l'autocritique : les auteurs notent qu'il aurait été préférable de poser les inclinomètres plus tôt. Un cas concret où la mesure sert d'alarme, pas seulement de diagnostic.

Ouvrir le bulletin (PDF)

À quelle fréquence mesurer

Aucune règle universelle ne fixe la fréquence. Elle se déduit de deux choses : la vitesse attendue du mouvement et l'objectif du suivi. Un glissement se déplace de quelques millimètres par an à quelques mètres par jour, rappelle Géorisques dans son dossier sur les mouvements de terrain. Entre ces deux extrêmes, il n'y a pas de cadence commune.

Deux logiques cohabitent :

  • Comprendre le mécanisme : des campagnes espacées, calées sur les saisons, encadrant la période humide et la période sèche.
  • Surveiller pour alerter : une chaîne de capteurs laissée à demeure dans le tube, qui mesure en continu et envoie des seuils d'alarme.

La différence entre les deux est décisive. Une campagne manuelle demande environ une heure par forage déjà équipé, sonde descendue et remontée à la main. Une chaîne fixe supprime le déplacement mais coûte davantage, et elle se détruit au-delà d'un certain taux de déformation.

Les erreurs qui ruinent un suivi

  • Sauter la période humide. Aux Touches, la nappe monte parfois jusqu'à affleurer et c'est là que le terrain accélère. Un relevé annuel en août ne verra rien.
  • Se contenter d'une série. La première mesure n'est qu'un zéro. Elle ne dit rien du mouvement.
  • Changer d'opérateur ou de sonde sans le noter. Chaque appareil a son biais. Le comparatif entre deux dates devient bancal.
  • Oublier un point de mesure pendant la descente. Le décalage fausse toute la verticale, et il faut souvent recommencer la campagne complète.
  • Forcer la sonde dans un tube déformé. Une fausse sonde au même gabarit descend d'abord. Sinon la sonde reste coincée au fond du forage.
  • Confondre résolution et incertitude. Un capteur au centième de millimètre ne fait pas une verticale précise au centième de millimètre.
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Ce dernier point mérite un détour par les textes, parce que la référence citée dans la plupart des rapports n'a plus cours.

La norme a changé, les rapports ne suivent pas toujours

Des procès-verbaux publics portent encore la mention « conforme NF P 94-156 ». Cette norme française, publiée en octobre 1995 sous le titre « Sols : reconnaissance et essais, mesures à l'inclinomètre », a été annulée en mai 2019. Elle est remplacée par la NF EN ISO 18674-3 de décembre 2017, texte européen qui traite du mesurage des déplacements perpendiculairement à une ligne par inclinomètre, dans la famille des normes de surveillance géotechnique par instrumentation in situ.

La mention périmée n'invalide pas les mesures. Elle signale simplement un rapport calé sur un mode opératoire ancien. Deux questions valent la peine d'être posées au bureau d'études : quel texte encadre le dépouillement, et quelle incertitude est annoncée sur la verticale entière.

Référence Statut Objet
NF P 94-156 Publiée en octobre 1995, annulée en mai 2019 Mesures à l'inclinomètre, mode opératoire français historique
NF EN ISO 18674-3 Décembre 2017, en vigueur Déplacements perpendiculaires à une ligne mesurés par inclinomètre
NF EN ISO 18674-1 En vigueur Règles générales de la surveillance géotechnique par instrumentation

Résolution du capteur et incertitude de la verticale

La fiche d'auscultation publiée par le Cerema et l'Université Gustave Eiffel retient ±0,02 mm sur les déplacements, une résolution angulaire de 2 x 10⁻⁵ radian et un relevé tous les 0,5 m. Ces chiffres décrivent le capteur, pas le résultat final.

L'incertitude réelle d'une verticale entière se compte en millimètres, parce que chaque mesure élémentaire s'ajoute aux autres lors du cumul. Pour situer l'ordre de grandeur, le Cerema évalue l'incertitude d'une chaîne de capteurs souple à ±1,5 mm sur 30 m. Un déplacement de 2 mm en tête doit donc se lire au regard de cette incertitude, pas comme une alerte en soi.

Ce qui protège la mesure sur le terrain

Deux réflexes limitent la dérive. La sonde descend deux fois dans le tube, la seconde fois retournée dans les rainures : la demi-différence des deux séries annule le biais propre au capteur. Et l'on garde la même sonde, la même série d'étalonnage et le même opérateur d'une campagne à l'autre, aussi longtemps que possible.

Ce qui fait le prix d'un suivi inclinométrique

Aucun barème public ne fixe le prix d'un suivi inclinométrique, et les écarts sont énormes d'un site à l'autre : un tube de 12 m au bord d'une route accessible et un tube de 60 m sur un versant boisé n'ont rien de comparable. Sur un suivi ponctuel à la sonde manuelle, le forage reste le poste le plus lourd, pas l'instrument.

Poste Facturation Ce qui fait varier
Amenée et repli de l'atelier de forage Forfait Distance, accès du site, besoin d'une piste ou d'un hélicoptère
Forage Au mètre foré Profondeur, dureté du terrain, tubage provisoire, poste dominant du devis
Fourniture et pose du tube Au mètre équipé Diamètre, accouplements télescopiques, coulis, capot de tête
Campagne de mesure manuelle À la vacation Nombre de tubes, temps de trajet, environ une heure par forage équipé
Chaîne de capteurs laissée en place Au mètre instrumenté Nombre de segments, transmission des données, alimentation solaire
Dépouillement et interprétation Par campagne Nombre de verticales, croisement avec la pluviométrie et la piézométrie

Deux arbitrages pèsent lourd sur la facture finale.

À noter : la chaîne de capteurs automatique supprime les déplacements d'opérateur mais alourdit l'investissement de départ. Un rapport bibliographique du Cerema donne un ordre de grandeur pour une chaîne à capteurs miniaturisés, autour de 1 000 € du mètre linéaire d'instrumentation. Le chiffre varie selon le fabricant, le nombre de capteurs et le système d'acquisition. À l'inverse, une chaîne reste transférable dans un autre tube de diamètre compatible une fois le suivi terminé, ce qui étale la dépense sur plusieurs sites.

Second arbitrage : le nombre de tubes. Un seul forage coûte moins cher, mais il donne une cote de rupture sur un point. Trois forages répartis en amont, au milieu et en pied donnent la géométrie de la surface de glissement, donc un dimensionnement de travaux qui tient. Sur un confortement à plusieurs centaines de milliers d'euros, l'économie faite sur deux forages se paie généralement au centuple.

Les marques de référence sur le marché

Le matériel vient d'un petit nombre de fabricants spécialisés, présents sur les chantiers français par des distributeurs. Deux noms reviennent le plus souvent pour les sondes et les tubes.

  • Sisgeo, fabricant italien fondé en 1993, propose sondes manuelles, chaînes fixes MEMS et tubes en ABS. Sa documentation renvoie à la norme ISO 18674.
  • Geokon, fabricant américain, annonce pour sa sonde MEMS une exactitude du système de l'ordre de 3 mm sur 30 m de tube, chiffre proche de ce que retient le Cerema pour les chaînes souples.

Le choix entre sonde manuelle et chaîne fixe pèse plus sur le budget que le nom du fabricant. Un bureau d'études travaille en général avec le matériel qu'il possède déjà.

Questions fréquentes

À quoi sert un inclinomètre en géotechnique
Il mesure les déplacements horizontaux d'un massif de sol en profondeur, le long d'un tube scellé dans un forage. Une sonde descend dans le tube et relève son inclinaison par rapport à la verticale. En comparant les relevés dans le temps, on obtient la profondeur de la surface de glissement, l'amplitude, la direction et la vitesse du mouvement.
Comment un inclinomètre repère le plan de glissement
Le tube se déforme comme le terrain qui l'entoure. Là où le sol cisaille, le tube se plie. Sur la courbe de déplacement cumulé, cela apparaît comme un décrochement net : droit en dessous, droit au-dessus, décalé entre les deux. La cote de ce décrochement donne la profondeur de la surface de rupture.
Comment se lit un profil de déplacement
Deux graphiques sont produits. Le déplacement local montre ce qui bouge à chaque profondeur et fait ressortir un pic à la cote de rupture. Le déplacement cumulé additionne ces valeurs depuis le pied du tube et dessine la forme prise par le tube. Chaque courbe se compare toujours à la mesure d'origine, réalisée après la prise du coulis.
Quelle profondeur pour un tube inclinométrique
Il n'y a pas de valeur standard. Le pied du tube descend sous la zone en mouvement, dans un horizon stable qui sert de point fixe au calcul. La profondeur découle donc de la géologie : les diagnostics du Cerema le long de la RN85 en Isère situent des ruptures vers 10 m sur un site et vers 23 m sur un site voisin. Un tube trop court bouge en entier et ne mesure plus rien.
Comment pose-t-on un tube inclinométrique
Un forage est réalisé, le plus souvent en destructif. Le tube rainuré, en éléments de 3 m rivetés, descend avec une canne d'injection. On le remplit d'eau pour éviter qu'il flotte, puis on injecte un coulis de ciment et de bentonite par le bas, de rigidité voisine de celle du sol. La mesure d'origine intervient après la prise du coulis.
Quelle est la précision d'une mesure inclinométrique
La fiche d'auscultation du Cerema et de l'Université Gustave Eiffel retient ±0,02 mm sur les déplacements, avec une résolution angulaire de 2 x 10⁻⁵ radian et un relevé tous les 0,5 m. Cette valeur décrit le capteur. L'incertitude d'une verticale entière se compte en millimètres, du fait du cumul des mesures : le Cerema situe celle d'une chaîne souple à ±1,5 mm sur 30 m.
Quelle différence entre un inclinomètre et un extensomètre
L'extensomètre mesure la variation de distance entre deux points, souvent de part et d'autre d'une fissure en surface. Il dit que quelque chose s'écarte, sans dire à quelle profondeur. L'inclinomètre donne un profil de déplacement sur toute la hauteur du tube, avec la cote de la rupture et la direction du mouvement. Les deux se complètent souvent sur un même versant.
Un inclinomètre remplace-t-il un piézomètre
Non. Le tube n'est pas fait pour mesurer la nappe. Même quand de l'eau s'y trouve, le niveau lu dedans n'a pas de valeur piézométrique. Les deux ouvrages se posent en binôme, car l'eau commande la plupart des mouvements : sur le glissement des Touches, en Isère, le Cerema relève des déplacements nettement corrélés aux variations saisonnières des niveaux piézométriques.
À quelle fréquence faut-il mesurer
La périodicité dépend de la vitesse attendue du mouvement et de l'objectif poursuivi. Un glissement se déplace de quelques millimètres par an à quelques mètres par jour. Pour comprendre un mécanisme, des campagnes calées sur les saisons encadrent les périodes humide et sèche. Pour surveiller et alerter, une chaîne de capteurs laissée dans le tube mesure en continu.
Combien de temps dure un suivi inclinométrique
Plusieurs années sur les sites à enjeux : le Cerema surveille le versant des Ruines de Séchilienne, en Isère, depuis 1986. La durée réelle dépend surtout de la survie du tube. Au-delà d'un certain taux de déformation, le tube se ferme et la sonde ne passe plus. Sur un mouvement rapide, la vie utile se compte parfois en mois.
Qu'est-ce qu'une chaîne inclinométrique
C'est une série de capteurs rigides reliés entre eux, laissée à demeure dans le tube, qui remplace la sonde descendue à la main. Elle mesure en continu et se relie à un enregistreur, avec transmission à distance et seuils d'alarme. Elle coûte plus cher qu'une sonde portable, se détruit au-delà d'un certain taux de déformation, mais reste transférable dans un autre tube de diamètre compatible.
Quelle norme encadre la mesure à l'inclinomètre
La NF EN ISO 18674-3, publiée en décembre 2017, qui traite du mesurage des déplacements perpendiculairement à une ligne par inclinomètre. Elle a remplacé la norme française NF P 94-156 d'octobre 1995, annulée en mai 2019. Beaucoup de rapports mentionnent encore l'ancienne référence, ce qui n'invalide pas les mesures mais signale un mode opératoire ancien.

À retenir

  • L'inclinomètre donne quatre choses : la profondeur de la rupture, l'amplitude, la direction et la vitesse du mouvement.
  • Le plan de glissement se lit comme un décrochement net sur la courbe de déplacement cumulé.
  • Le pied du tube doit être ancré dans du terrain stable. Sans ce point fixe, aucun déplacement absolu n'est exploitable.
  • La première série n'est qu'un zéro. La valeur de l'instrument vient de la répétition des campagnes.
  • Le tube ne remplace pas un piézomètre. L'eau commande le mouvement, elle se mesure à part.
  • La résolution du capteur, de l'ordre de 0,02 mm, n'est pas l'incertitude de la verticale, qui se compte en millimètres.
  • NF P 94-156 est annulée depuis mai 2019 et remplacée par NF EN ISO 18674-3.
  • Sur un suivi ponctuel, le forage est le poste principal, devant l'instrument. Un suivi automatisé permanent, avec chaîne de capteurs et transmission, peut inverser ce rapport.
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Rédigé par

Marc Cordeval

Rédacteur web indépendant spécialisé dans les travaux et l'aménagement, je supervise les contenus d'Expertgeotechnique.com pour vous proposer des articles simples, clairs et faciles à comprendre.

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