
Sur un même terrain, une nappe captive libère cent à mille fois moins d'eau qu'une nappe libre pour la même baisse de niveau. Ce rapport, c'est le coefficient d'emmagasinement, noté S. Voici ce qu'il mesure et pourquoi il chute autant dès qu'on passe en nappe captive.
Sommaire
Ce que mesure le coefficient d'emmagasinement
Le coefficient d'emmagasinement, noté S, est le volume d'eau qu'un aquifère libère, ou stocke, par unité de surface quand son niveau d'eau baisse, ou monte, d'une hauteur unitaire. En clair, il chiffre la réserve qu'une nappe rend réellement quand on la sollicite.
C'est le pendant de la transmissivité. Là où la transmissivité de l'aquifère dit avec quelle facilité l'eau circule, l'emmagasinement dit quelle quantité d'eau la roche restitue. Le premier décrit le transit, le second la capacité de stockage. Les deux se lisent ensemble pour juger ce qu'une nappe vaut comme ressource.
- Une baisse de niveau de la nappe libère de l'eau, le volume rapporté à la surface et à cette baisse donne S.
- Une recharge fait l'inverse, la nappe réemmagasine, le coefficient mesure aussi ce stockage.
- Toute l'eau contenue n'est pas mobilisable, une part reste retenue dans la roche et ne sort pas au pompage.
Ce code revient parmi les paramètres décrits dans les autres définitions du lexique géotechnique, aux côtés de la perméabilité et de la transmissivité. Il porte aussi le nom de coefficient de stockage.
En bref : S répond à une question concrète, combien d'eau une nappe rend quand son niveau baisse d'un mètre, par mètre carré de surface. Plus S est grand, plus la nappe restitue d'eau pour une même baisse.
Nappe libre et nappe captive, deux mécanismes
Voici le point qui surprend. Sur deux nappes différentes, le coefficient d'emmagasinement ne mesure pas le même phénomène physique. Et l'écart de valeur entre les deux est énorme.
Dans une nappe libre, l'eau libérée vient du drainage des pores sous l'effet de la gravité. Le coefficient se rapproche alors de la porosité efficace, la part des vides qui rend son eau. Il reste modéré, de l'ordre de quelques pour cent à quelques dizaines de pour cent.
Dans une nappe captive, l'eau est emprisonnée sous pression entre deux couches imperméables. Quand le niveau baisse, ce n'est pas le drainage des pores qui fournit l'eau, mais la décompression de l'eau elle-même et du terrain. Ce mécanisme libère peu d'eau, le coefficient devient minuscule.
À garder en tête : pour une même baisse de niveau, une nappe libre rend beaucoup plus d'eau qu'une nappe captive. C'est pour cela qu'une nappe captive sous pression affiche un emmagasinement cent à mille fois plus faible, parfois davantage.
Un paramètre sans unité
Le coefficient d'emmagasinement n'a pas d'unité. C'est un rapport de volumes, un volume d'eau divisé par un volume de terrain, les unités s'annulent. On l'exprime donc par un nombre seul, ou en pourcentage.
Cette absence d'unité le distingue d'autres paramètres hydrogéologiques. La perméabilité s'exprime en mètres par seconde. La transmissivité en mètres carrés par seconde. L'emmagasinement, lui, reste un simple nombre, compris entre 0 et la porosité totale de la roche.
Repère de lecture : un S de 0,1 veut dire qu'un mètre cube de terrain rend 0,1 mètre cube d'eau pour une baisse de niveau d'un mètre sur sa surface. Un S de 0,0005 rend mille fois moins, signe d'une nappe captive.
Comment on le mesure, l'essai de pompage
Le coefficient d'emmagasinement se mesure sur le terrain, par un essai de pompage. On pompe l'eau d'un forage à débit connu, puis on suit la baisse de niveau dans des piézomètres placés autour. La forme de cette baisse dans le temps livre le coefficient.
Pompage à débit constant
On extrait l'eau d'un forage à un débit maîtrisé. Autour du puits, le niveau de la nappe s'abaisse et forme un cône de rabattement qui s'étend avec le temps.
Suivi du rabattement dans les piézomètres
Des piézomètres voisins enregistrent la baisse de niveau au fil des heures. Sans ces points d'observation autour du forage, le coefficient d'emmagasinement reste difficile à établir de façon fiable, le seul puits pompé n'y suffit pas.
Interprétation en régime transitoire
On compare la courbe rabattement-temps aux modèles d'écoulement. Le même essai fournit aussi la transmissivité. Le coefficient d'emmagasinement n'apparaît que dans cette lecture transitoire, pas dans un calcul à l'équilibre.
Transmissivité et emmagasinement sortent donc du même essai, interprétés ensemble. Le premier vient de l'ampleur du rabattement, le second de sa vitesse de propagation autour du puits.
Valeurs de S selon le type de nappe
Le coefficient d'emmagasinement grimpe des nappes captives, aux valeurs infimes, vers les nappes libres, plus généreuses. Le tableau donne des ordres de grandeur indicatifs issus de la littérature hydrogéologique, pas des seuils figés. La valeur réelle d'un aquifère vient de son essai de pompage.
| Type de nappe | Origine de l'eau libérée | Ordre de grandeur de S |
|---|---|---|
| Nappe libre | Drainage des pores par gravité, proche de la porosité efficace | 0,01 à 0,3 environ (1 à 30 %) |
| Nappe captive | Décompression de l'eau et du terrain sous pression | 0,0001 à 0,001 environ (0,01 à 0,1 %) |
Ces fourchettes restent indicatives. Une valeur intermédiaire, entre les deux, signale souvent une nappe semi-captive dont la couverture laisse passer un peu d'eau. Le chiffre retenu pour un aquifère donné vient toujours de sa mesure, jamais d'un tableau de référence.
Deux réflexes aident à lire ces valeurs.
- Un S élevé, proche de la porosité efficace, signe une nappe libre qui rend facilement son eau.
- Un S minuscule, en dix-millièmes, trahit une nappe captive qui ne libère l'eau que par décompression.
- Une valeur fiable suppose des piézomètres d'observation, faute de quoi elle reste peu fiable.
À quoi sert le coefficient d'emmagasinement
Le coefficient d'emmagasinement sert à passer de la mesure ponctuelle à la gestion d'une nappe. Combiné à la transmissivité, il décrit comment l'aquifère réagit quand on le pompe ou quand il se recharge.
Ce que S permet d'estimer
Sur un chantier, ce paramètre intervient dès qu'un projet touche l'eau souterraine, un rabattement de nappe pour creuser un sous-sol, un captage, ou l'étude d'impact d'un prélèvement. Il complète la lecture de la perméabilité et de la transmissivité du terrain.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le coefficient d'emmagasinement d'un aquifère
Que signifie la lettre S en hydrogéologie
Le coefficient d'emmagasinement a-t-il une unité
Pourquoi l'emmagasinement d'une nappe captive est-il si faible
Quel lien entre coefficient d'emmagasinement et porosité efficace
Comment mesure-t-on le coefficient d'emmagasinement sur le terrain
Pourquoi faut-il des piézomètres pour obtenir S
Quelle différence entre emmagasinement et transmissivité
Quelles valeurs de coefficient d'emmagasinement retenir
Le coefficient d'emmagasinement sort-il du même essai que la transmissivité
À quoi sert le coefficient d'emmagasinement dans un projet
Une nappe libre et une nappe captive peuvent-elles avoir le même S
À retenir
- Le coefficient d'emmagasinement S est le volume d'eau qu'une nappe libère par unité de surface quand son niveau baisse d'une hauteur unitaire.
- C'est le pendant de la transmissivité, l'un mesure le stockage, l'autre la circulation de l'eau.
- En nappe libre, S suit la porosité efficace et reste modéré, en nappe captive il devient minuscule, l'eau sortant par décompression.
- C'est une grandeur sans unité, un simple rapport de volumes exprimé en nombre ou en pourcentage.
- Il se mesure par essai de pompage, lu dans des piézomètres voisins, en même temps que la transmissivité.