
Une route, ce n'est pas de l'enrobé posé sur le terrain. Sous la surface noire, plusieurs lits de matériaux s'empilent, et tout en bas se trouve le sol en place. Avant de tracer une voirie, un parking ou la voie d'un lotissement, l'étude de sol reconnaît ce support et lui attribue une classe de portance qui commande l'épaisseur de tout ce qui vient au-dessus. Voici comment on lit un sol de voirie et pourquoi ce classement décide du reste.
Sommaire
- Comment une voirie est construite, du sol support à l'enrobé
- Comment se déroule l'étude de sol d'une voirie
- Comment le bureau d'études classe le sol support
- La classe de plateforme et l'épaisseur de la chaussée
- Ce qui suit le classement du sol
- Des rapports d'étude de voirie à consulter
- Questions fréquentes
Comment une voirie est construite, du sol support à l'enrobé
Une chaussée fonctionne comme un empilement. Le trafic appuie en surface, et cet effort se répartit vers le bas, couche après couche, jusqu'au terrain naturel. Si le sol du fond travaille mal, tout l'ouvrage s'ornière et se fissure, quelle que soit la qualité de l'enrobé. La route se lit donc de bas en haut.
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Le sol support
Le terrain en place ou le remblai rapporté. C'est lui que l'étude de sol reconnaît et classe. Tout repose dessus.
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La couche de forme
Une couche de matériaux mise en œuvre quand le sol support le demande, pour relever sa portance, l'homogénéiser, le protéger pendant le chantier et atteindre la plateforme visée.
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La plateforme support de chaussée
La surface de référence obtenue au sommet des terrassements, une fois la couche de forme réalisée. Ce n'est pas une couche de matériau, mais le niveau qui reçoit la chaussée.
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Les couches d'assise
La fondation et la base, en grave traitée ou non, qui diffusent la charge du trafic vers la plateforme.
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La couche de roulement
L'enrobé visible, la seule couche que l'usager voit. La plus mince de l'empilement.
Pour connaître le sol support, le bureau d'études réalise des sondages, prélève des échantillons et mesure la nature du sol, sa teneur en argile et son état hydrique. À partir de ces mesures, il range le terrain dans une classe. Ce classement dit si le sol tiendra la chaussée tel quel, ou s'il faut ajouter une couche de forme pour rattraper une portance trop faible.
Bon à savoir
Quand le sol support est trop mou pour recevoir directement la chaussée, on le renforce avant de construire, par exemple avec un remblai traité ou des inclusions. C'est le rôle des techniques qui renforcent un terrain trop faible. L'étude de sol de voirie sert d'abord à savoir si ce renfort est nécessaire.
Comment se déroule l'étude de sol d'une voirie
L'étude de sol d'une voirie est une étude géotechnique qui reconnaît le sol support d'une future route ou d'un parking, le classe, et fixe la plateforme à atteindre. Elle donne au maître d'œuvre les données pour dimensionner la chaussée. Concrètement, elle part du bureau, passe par le terrain, puis par le laboratoire.
Elle répond à quatre besoins concrets :
- Éviter le sous-dimensionnement, à l'origine des ornières et des fissures qui sortent au bout de quelques hivers.
- Caler la bonne épaisseur de chaussée, ni trop juste, ni surdimensionnée et coûteuse.
- Savoir à l'avance s'il faut une couche de forme ou un traitement du sol.
- Fournir au chantier des critères de réception mesurables, comme le module EV2.
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L'enquête documentaire
Le bureau réunit le contexte géologique du secteur, les risques recensés, la topographie et l'historique du terrain, anciens remblais ou constructions démolies. Cette lecture oriente l'implantation des sondages.
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Les sondages sur le terrain
Des fouilles à la pelle mécanique ouvrent le sol pour lire les couches. Un pénétromètre dynamique mesure la résistance en profondeur, et des prélèvements partent au laboratoire. Le nombre de points suit le linéaire de voirie.
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Les essais en laboratoire
Sur les échantillons, le laboratoire mesure la granulométrie, la valeur au bleu et les limites d'Atterberg pour l'argilosité et la sensibilité à l'eau, la teneur en eau et le comportement au compactage avec l'essai Proctor. Ces mesures donnent la classe du sol.
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Le classement et la plateforme visée
Le sol rejoint sa famille GTR, son état hydrique est évalué, la partie supérieure des terrassements et l'arase sont caractérisées, puis la classe de plateforme à atteindre est fixée, souvent une PF2 ou une PF2qs.
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Le rapport géotechnique
Il livre le modèle de sol, la couche de forme à prévoir, un prédimensionnement de la structure de chaussée et les critères de réception de la plateforme à contrôler sur le chantier.
Ces cinq temps expliquent pourquoi une même parcelle donne des recommandations différentes d'un point à l'autre, quand le sol change sous la voirie. Le classement du sol, obtenu à l'étape 3, mérite qu'on s'y arrête, car c'est lui qui commande la suite.
Comment le bureau d'études classe le sol support
Le classement s'appuie principalement sur le Guide des terrassements routiers, connu sous le sigle GTR. Publié en 1992 par le LCPC et le SETRA, révisé en 2000, il a fait l'objet d'une révision publiée en 2023 par l'IDRRIM et le Cerema. Cette révision aligne la classification des sols sur la norme européenne NF EN 16907-2, qui remplace l'ancienne norme française NF P 11-300.
Le GTR trie les sols selon trois critères mesurés en laboratoire, la taille des grains, la quantité d'argile et la teneur en eau. Chaque terrain reçoit alors une lettre de classe qui oriente la préparation de la plateforme. Chaque famille se subdivise ensuite selon l'argilosité et l'état hydrique, par exemple A1 à A4 pour les sols fins.
| Classe GTR | Type de sol | Comportement |
|---|---|---|
| A | Sols fins (argiles, limons) | Sensibles à l'eau, portance qui chute quand ils sont humides |
| B | Sols sableux et graveleux avec fines | Comportement lié au taux de fines et à l'eau |
| C | Sols avec fines et gros éléments (au-delà de 50 mm) | Matériaux graveleux et blocs, tri selon les fines |
| D | Sables et graves propres | Insensibles à l'eau, bonne assise pour la route |
| R | Matériaux rocheux | Comportement variable selon la dureté de la roche |
| F | Sols organiques et sous-produits | Souvent inaptes en l'état, à écarter ou traiter |
À noter
Une argile de classe A sèche donne une bonne portance. La même argile gorgée d'eau devient molle et perd sa tenue. C'est pourquoi l'étude ne regarde pas que la nature du sol, mais aussi son état hydrique, mesuré sur les prélèvements. Le référentiel complet est détaillé dans le guide des terrassements du Cerema.
La classe de plateforme et l'épaisseur de la chaussée
Une fois le sol classé, on traduit sa qualité en classe de plateforme. Quatre niveaux existent, de PF1 pour un support faible à PF4 pour un support particulièrement raide. Cette classe est le lien direct entre le sol et la route, car elle commande l'épaisseur des couches à poser au-dessus.
La portance se mesure en mégapascals
La portance d'une plateforme se chiffre par un module de déformation à long terme, exprimé en mégapascals. Plus le module est élevé, plus la surface est raide et moins elle s'enfonce sous la charge. Sur le chantier, on approche ce module par l'essai à la plaque, le fameux EV2. Le tableau donne les plages de chaque classe.
| Classe de plateforme | Module de déformation (long terme) | Qualité du support |
|---|---|---|
| PF1 | 20 à 50 MPa | Support faible, souvent insuffisant seul |
| PF2 | 50 à 120 MPa | Support courant, visé sur la plupart des voiries |
| PF3 | 120 à 200 MPa | Bon support, chaussée plus fine possible |
| PF4 | Au-delà de 200 MPa | Support raide, réservé aux fortes sollicitations |
À noter
Une classe intermédiaire, la PF2qs, a été introduite avec les documents de dimensionnement récents, dont la norme NF P 98-086. Elle sépare l'ancienne PF2 en une PF2 de 50 à 80 MPa et une PF2qs de 80 à 120 MPa, dite de qualité supérieure. Cible fréquente sur les voiries de lotissement, elle a été intégrée à la révision 2023 du GTR.
Un sol faible réclame une couche de forme plus épaisse
C'est le point que beaucoup de pages oublient. La classe du sol ne reste pas un chiffre sur un rapport, elle change concrètement la construction. Un support faible impose une couche de forme plus épaisse, parfois un traitement du sol à la chaux ou au liant hydraulique pour le raidir.
Un exemple parle mieux qu'une règle. Sur un parking posé sur des graves propres bien drainées, la plateforme atteint vite une PF2 sans gros travaux. Sur la même surface en argile molle, il faut d'abord assécher et raidir le sol, poser une couche de forme de plusieurs dizaines de centimètres, avant d'obtenir la même plateforme. Le classement du sol explique donc pourquoi deux chantiers voisins n'ont pas le même prix ni la même épaisseur de structure.
Quand le sol est trop humide ou trop argileux, on le corrige au lieu de le remplacer, par malaxage avec de la chaux ou un liant. Cette solution, courante en voirie, fait l'objet du traitement d'un sol trop humide pour la plateforme.
Ce qui suit le classement du sol
Le classement du support n'est que le début. Trois étapes s'enchaînent ensuite, chacune traitée en détail sur sa propre page.
Après l'étude de sol, la construction de la voirie
Le contrôle de fin de chantier mérite un mot, car c'est lui qui valide tout le reste. L'essai le plus courant est l'essai à la plaque, encadré par la norme NF P 94-117-1. Une plaque rigide de 60 centimètres est chargée par un vérin qui prend appui sur un camion lesté, en deux cycles. Le second cycle donne le module de déformation, noté EV2. La plateforme n'est reçue que si sa portance, mais aussi son compactage et son drainage, répondent au cahier des charges.
La méthode de mesure et les seuils de réception sont fixés par le Cerema dans sa note sur la mesure de la portance des plateformes. Un point utile à retenir, une plateforme qui affiche une bonne valeur à la fin des travaux ne tient sur la durée que si le drainage reste efficace et les matériaux de qualité.
Des rapports d'étude de voirie à consulter
Trois rapports d'étude géotechnique librement accessibles sur des sites publics. Chacun contient la partie voirie décrite plus haut, le classement du sol support, la couche de forme et l'objectif de plateforme. Ils montrent, sur des cas réels, comment un bureau d'études passe des sondages aux épaisseurs à mettre en œuvre.
Ce rapport consacre un chapitre entier aux couches de forme sous voiries. Le sol support, des limons argileux de classe GTR A1 sensibles à l'eau, est d'abord terrassé en arase, contrôlée à un module minimal de 15 MPa. Le rapport vise ensuite une plateforme PF2 (EV2 supérieur ou égal à 50 MPa) sous voiries légères et une PF2+ (EV2 supérieur ou égal à 80 MPa) sous voiries lourdes, avec une couche de forme en matériaux 0/60 fermée par une couche de réglage 0/31.5, reçue à l'essai à la plaque.
Ce que vous y voyez : le passage du classement GTR du sol à l'épaisseur exacte de la couche de forme, et les critères de réception à la plaque avec un rapport EV2/EV1 sous 2,1.
Étude d'avant-projet pour cinq bâtiments de logements et leur voirie de desserte. La partie voirie détaille la portance du sol support, l'objectif de plateforme PF2 (EV2 supérieur ou égal à 50 MPa) et une structure de voirie légère en béton bitumineux sur grave non traitée, réceptionnée à un module supérieur ou égal à 70 MPa selon la norme NF P 94-117-1. Sondages au pénétromètre, forages pressiométriques et fouilles à la pelle viennent à l'appui.
Ce que vous y voyez : le lien entre la classe de plateforme visée et la structure de chaussée, avec la référence directe à l'essai à la plaque NF P 94-117-1.
Rapport d'avant-projet sur un terrain en pente. Sa partie voirie déroule la démarche complète, décapage du terrain naturel, classement de la partie supérieure des terrassements (la PST), préparation de l'arase, couche de forme et protection contre les eaux. Les reconnaissances associent forages pressiométriques, fouilles à la pelle et pénétromètres dynamiques.
Ce que vous y voyez : la notion de PST et son classement, l'étape qui précède la couche de forme et qui commande son épaisseur.
Questions fréquentes
Pourquoi faire une étude de sol avant une voirie ?
Qu'est-ce que la plateforme support de chaussée ?
Comment classe-t-on le sol d'une route ?
Qu'est-ce que la portance d'un sol de voirie ?
Qu'est-ce que le GTR ?
Quelle étude de sol pour un parking ?
Qu'est-ce qu'une classe de plateforme ?
Un sol médiocre change-t-il la chaussée ?
Étude de sol pour un lotissement, laquelle ?
Qui réalise une étude de sol de voirie ?
Combien coûte une étude de sol de voirie ?
Que se passe-t-il après le classement du sol ?
À retenir
- Une chaussée est un empilement, et tout repose sur le sol support du terrain.
- L'étude de sol classe ce support selon le GTR, dont la classification s'aligne depuis 2023 sur la norme européenne NF EN 16907-2.
- La qualité du support se traduit en classe de plateforme, de PF1 (20 à 50 MPa) à PF4 (plus de 200 MPa).
- Un sol faible réclame une couche de forme plus épaisse, parfois un traitement à la chaux ou au liant.
- La plateforme est reçue en fin de chantier par un essai à la plaque, qui donne le module EV2.
- Le classement du sol commande l'épaisseur de la chaussée, donc le budget des travaux.