
Creuser un sous-sol le long d'une rue sans que le terrain voisin ne s'affaisse: c'est le travail de la paroi berlinoise, des profilés d'acier et un blindage glissé entre eux qui tiennent la fouille. Son point faible reste l'eau, et on voit ici comment elle se monte, jusqu'où elle tient, ce qu'elle coûte, et quand une paroi moulée ou des palplanches la remplacent.
Sommaire
- Ce que retient une paroi berlinoise
- Comment se monte une paroi berlinoise, passe par passe
- Jusqu'où elle tient, et pourquoi elle laisse passer l'eau
- Choisir entre une berlinoise provisoire et une berlinoise définitive
- Ce qui fait le prix d'une paroi berlinoise
- L'étude de sol et le calcul qui précèdent le chantier
- Questions fréquentes
Ce que retient une paroi berlinoise
La paroi berlinoise est un écran de soutènement souple. Elle repose sur des profilés métalliques verticaux, en forme de H ou de I, plantés dans le sol tous les 1 à 2 mètres. Entre ces profilés, on glisse un blindage qui bloque la terre au fur et à mesure du creusement.
Trois éléments composent l'ouvrage.
- Les profilés verticaux, appelés raidisseurs. Des poutrelles d'acier de type HEA ou HEB, fichées dans le sol, qui reprennent l'effort principal.
- Le blindage. Le remplissage posé entre les profilés au fil du terrassement: madriers de bois, plaques ou prédalles de béton, ou béton projeté.
- Les appuis, quand la hauteur l'impose. Des tirants scellés dans le terrain ou des butons calés en travers de la fouille.
Elle appartient à la famille des écrans souples, l'une des solutions décrites parmi les différents ouvrages qui retiennent les terres. Elle travaille en fléchissant un peu sous la poussée du sol, là où une paroi moulée reste rigide et continue.
Bon à savoir : la berlinoise est un écran discontinu. La terre n'est retenue qu'aux endroits où passe le blindage. Entre deux poutrelles, le sol tient d'abord par effet de voûte, tant que le terrain garde un peu de cohésion. Le blindage prend le relais dès que cet effet faiblit, par exemple dans un sable lâche ou un remblai.
Comment se monte une paroi berlinoise, passe par passe
Le montage suit le rythme du terrassement. On ne creuse jamais toute la hauteur d'un coup. Chaque tranche de terre est soutenue avant de passer à la suivante.
- 1
Planter les profilés
On fiche d'abord les poutrelles d'acier dans le sol, avant tout terrassement. Deux voies possibles: le battage ou le vibrofonçage pour les enfoncer, ou un forage scellé au béton quand le sol est trop compact ou le voisinage sensible aux vibrations.
- 2
Excaver une première tranche
On retire la terre sur une hauteur limitée, de l'ordre de 1 à 2 mètres, entre les profilés déjà en place.
- 3
Glisser le blindage
Dès que le sol est dégagé, on pose le remplissage entre les profilés: madriers de bois, prédalles de béton ou béton projeté. Il bloque la terre là où elle perdrait sa tenue naturelle.
- 4
Descendre par passes
On recommence: creuser une nouvelle tranche, poser le blindage, et ainsi de suite du haut vers le bas, jusqu'au fond de la fouille.
- 5
Ancrer si la hauteur l'impose
Au-delà de 3 à 4 mètres, on tient la paroi avec des tirants scellés dans le terrain ou des butons calés en travers de la fouille.
Ce montage par tranches est le coeur de la technique. Il rend le chantier rapide sur un terrain sec, ce qui explique son emploi fréquent en ville.
À noter : en zone urbaine, on retient souvent la berlinoise plutôt qu'un rideau de palplanches battu. Le forage des profilés produit moins de bruit et de vibrations pour les bâtiments voisins.
Reste une question qui décide de tout: le terrain contient-il de l'eau.
Jusqu'où elle tient, et pourquoi elle laisse passer l'eau
Sans appui, une berlinoise autostable tient rarement plus de 3 à 4 mètres. Avec des tirants ou des butons, elle descend à 8 ou 10 mètres, parfois plus sur les grands chantiers. La hauteur exacte dépend du sol, de l'eau et des efforts calculés.
Attention : la paroi berlinoise n'est pas étanche. L'eau passe entre les éléments de blindage. Elle est faite pour un terrain sec, hors nappe. Sous la nappe, l'eau s'invite dans la fouille et déstabilise le fond. Il faut alors rabattre l'eau par pompage et drainage avant de creuser, ou retenir les terres avec une paroi moulée ou un rideau de palplanches.
Face à un terrain sec, la berlinoise et les palplanches se comparent surtout sur la tenue à l'eau, les nuisances et le réemploi.
| Critère | Paroi berlinoise | Rideau de palplanches |
|---|---|---|
| Structure | Profilés espacés et blindage entre eux, écran discontinu | Palplanches emboîtées formant un rideau continu |
| Tenue à l'eau | Non étanche, l'eau passe entre les planches | Rideau continu, forte coupure à l'eau. L'étanchéité dépend du traitement des serrures |
| Terrain adapté | Fouille sèche, hors nappe | Terrain sec ou sous la nappe |
| Nuisances à la pose | Faibles quand les profilés sont forés | Bruit et vibrations au battage |
| Réemploi | Profilés parfois récupérés en fin de chantier | Palplanches souvent arrachées et réutilisées |
| Usage courant | Soutènement de fouille, souvent provisoire | Fouilles, berges, ouvrages au contact de l'eau |
Choisir entre une berlinoise provisoire et une berlinoise définitive
La plupart des berlinoises sont provisoires. Elles tiennent la fouille le temps de construire les sous-sols, puis on remblaie derrière. Les profilés sont parfois arrachés et revendus, souvent laissés dans le sol quand les retirer coûterait trop cher.
Une berlinoise devient définitive quand on la double d'un voile de béton projeté armé, calculé pour la durée de vie de l'ouvrage. Le blindage provisoire disparaît derrière ce voile, qui forme alors le mur du sous-sol.
Deux variantes reviennent souvent sur les chantiers difficiles.
- La micro-berlinoise. Les profilés sont posés dans des micropieux forés, pour les accès étroits et les reprises en sous-oeuvre.
- La paroi parisienne, aussi appelée lutécienne. Des pieux de béton armé espacés, reliés par un voile de béton projeté. Plus continue et plus rigide que la berlinoise classique, sans pour autant faire barrière à l'eau.
À noter : derrière un voile définitif, un drainage reste nécessaire. La berlinoise ne coupe pas les venues d'eau. Sans drain, l'eau s'accumule contre le mur et met le sous-sol en pression.
Une fois la configuration connue, reste le budget.
Ce qui fait le prix d'une paroi berlinoise
Pour une berlinoise simple de fouille sèche, comptez à partir d'environ 250 euros par mètre carré de paroi retenue. La note grimpe vite dès qu'il faut des tirants, des butons ou un forage des profilés, et un voile définitif s'ajoute au budget.
| Poste | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Berlinoise simple, fouille sèche | à partir d'environ 250 €/m² de paroi |
| Ajout de tirants ou de butons | Surcoût par niveau d'appui |
| Forage et scellement des profilés | Plus coûteux que le battage ou le vibrofonçage |
| Voile béton projeté (version définitive) | Budget dédié en supplément |
Ordres de grandeur pour une fouille sèche, hors surcoûts liés aux appuis, au forage et à l'accès du chantier. Seul un devis après étude du terrain donne un chiffrage fiable.
Le prix se compte au mètre carré de paroi retenue, c'est-à-dire la surface de terre soutenue, hauteur multipliée par longueur. Deux fouilles de même longueur ne coûtent donc pas pareil si l'une descend deux fois plus bas.
L'étude de sol et le calcul qui précèdent le chantier
Avant de planter le premier profilé, un bureau d'études géotechnique reconnaît le terrain: nature du sol, cohésion, niveau de l'eau. Ces données servent à dimensionner la paroi, sa fiche (la profondeur d'ancrage sous le fond de fouille) et ses appuis. Cette reconnaissance correspond à une mission de conception, souvent une G2, sans laquelle l'entreprise n'a pas de quoi calculer la paroi.
Le calcul suit la norme NF P 94-282, qui applique l'Eurocode 7 aux écrans de soutènement. Elle range la berlinoise parmi les écrans discontinus, aux côtés des parois moulées et des palplanches. Le guide méthodologique du Cerema détaille les vérifications à mener, avec un exemple de berlinoise autostable.
Quand les profilés sont posés dans des forages, ces forages peuvent relever des prescriptions de la norme NF EN 1536 sur les pieux forés. La berlinoise reste ainsi encadrée par le calcul des écrans, même si elle n'a pas de norme d'exécution européenne dédiée comme la paroi moulée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une paroi berlinoise
Comment se construit une paroi berlinoise
La paroi berlinoise est-elle étanche
À quoi sert une paroi berlinoise
Paroi berlinoise ou palplanches, comment choisir
Quels profilés utilise-t-on pour une paroi berlinoise
En quoi est fait le blindage
La paroi berlinoise convient-elle sous la nappe
Combien coûte une paroi berlinoise
Une paroi berlinoise est-elle toujours provisoire
Réalise-t-on un sous-sol avec une berlinoise
Faut-il une étude de sol avant une paroi berlinoise
À retenir
- La paroi berlinoise retient une fouille sèche avec des profilés d'acier et un blindage glissé entre eux, monté au rythme du terrassement.
- Sans appui, elle tient rarement plus de 3 à 4 mètres. Avec des tirants ou des butons, elle descend à 8 ou 10 mètres.
- Elle n'est pas étanche. Sous la nappe, on lui préfère une paroi moulée ou des palplanches.
- Souvent provisoire, elle devient définitive derrière un voile de béton projeté armé, avec un drainage.
- Le calcul suit la norme NF P 94-282 (Eurocode 7), à partir d'une étude de sol qui reconnaît le terrain et l'eau.