Capacité portante : définition et Terzaghi

Capacité Portante : définition, valeurs types, essai associé et applications en géotechnique.

Sous une fondation, un sol argileux mou tient parfois moins de 50 kPa, un rocher sain dépasse 600 kPa. Cet écart porte un nom, la capacité portante, la charge maximale qu'un sol supporte sous une semelle avant de rompre. On voit ici sa définition, son calcul par la formule de Terzaghi à partir de la cohésion et de l'angle de frottement, et pourquoi elle ne se confond ni avec le tassement ni avec la contrainte admissible.

Sommaire

Définition de la capacité portante

La capacité portante est la pression maximale qu'un sol supporte sous une fondation avant de céder par cisaillement. Au-delà de cette charge, le sol se dérobe sous la semelle, la fondation s'enfonce d'un coup et le terrain se soulève sur les côtés. C'est le mode de rupture d'un sol ferme ou dense. Dans un sol mou ou lâche, la rupture est plus progressive, la semelle poinçonne le terrain et s'enfonce sans soulèvement latéral marqué. Dans les deux cas, c'est une résistance à la rupture, pas une mesure de déformation.

On la note souvent qu, pour capacité ultime. Elle concerne les fondations superficielles, semelles isolées, semelles filantes et radiers, posées à faible profondeur. Plus le sol résiste au cisaillement, plus cette charge de rupture est élevée. Ce terme sert d'entrée à la sous-catégorie fondations, parmi les autres définitions du lexique géotechnique.

En bref : la capacité portante répond à une question, à partir de quelle charge le sol rompt sous la fondation. C'est une contrainte de rupture, exprimée en kilopascals, distincte du tassement qui mesure l'enfoncement.

Rupture ou tassement, deux vérifications

Une fondation passe deux contrôles indépendants. Le premier porte sur la rupture, le sol ne doit pas céder sous la charge. Le second porte sur la déformation, la fondation ne doit pas s'enfoncer plus que la structure ne le tolère.

Les deux ne vont pas toujours ensemble. Une argile raide résiste bien à la rupture mais tasse lentement pendant des années. Un sable dense porte beaucoup et tasse peu. La capacité portante traite la première question, le tassement du sol traite la seconde.

Vérification Ce qu'elle contrôle Grandeur mesurée
Capacité portanteLa rupture du sol sous la chargeContrainte de rupture, en kPa
TassementL'enfoncement sous la charge de serviceDéplacement, en mm ou cm

À noter : un sol satisfait parfois la portance tout en échouant au tassement. Vérifier la seule capacité portante ne suffit pas à valider une fondation.

La formule de Terzaghi

Depuis 1943, la capacité portante se calcule par la formule de Karl Terzaghi, le fondateur de la mécanique des sols. Elle reste la base conceptuelle des méthodes de calcul actuelles. Elle additionne trois résistances que le sol oppose à l'enfoncement de la semelle.

Contribution Origine de la résistance Paramètre lié
Terme de cohésionLa cohésion du sol, sa capacité à se tenirCohésion c
Terme de profondeurLe poids des terres au-dessus du niveau d'assiseProfondeur d'assise D
Terme de surfaceLe poids du sol sous la base et la taille de la semelleLargeur B

Chaque terme est multiplié par un facteur de portance, noté Nc, Nq et Nγ. Ces trois facteurs dépendent du seul angle de frottement du sol et grimpent vite quand cet angle augmente. Un sable dense, à fort angle de frottement, porte donc bien davantage qu'une argile molle, à dimensions de semelle égales.

D'autres ingénieurs, Meyerhof, Hansen, Vesic, ont affiné les valeurs de ces facteurs sans toucher au principe à trois termes. La méthode de calcul officielle des fondations superficielles est détaillée dans le guide du Cerema sur l'application de l'Eurocode 7.

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Le lien avec la cohésion et l'angle de frottement

La capacité portante découle directement des deux paramètres de cisaillement du sol. La cohésion mesure la façon dont les grains se tiennent entre eux. L'angle de frottement mesure leur résistance au glissement les uns sur les autres.

Les deux jouent différemment selon le terrain. Une argile tire sa portance surtout de sa cohésion. Un sable, sans cohésion, la tire de son angle de frottement. Déterminer ces deux paramètres est donc la première étape d'un calcul de fondation.

Un cas mérite attention. Dans une argile saturée chargée vite, l'eau n'a pas le temps de s'évacuer et l'angle de frottement tombe à zéro. La portance ne dépend alors que de la cohésion non drainée, et la largeur de la semelle n'a plus d'effet sur la charge de rupture.

L'unité et la détermination

La capacité portante est une contrainte. On l'exprime en kilopascals (kPa) ou en mégapascals (MPa), comme une pression. Une valeur de 200 kPa signifie que le sol supporte 200 kilonewtons par mètre carré avant de rompre.

On ne la mesure pas directement, on la calcule. Trois voies coexistent, toutes retenues par la norme NF P94-261, l'application française de l'Eurocode 7 aux fondations superficielles.

1

À partir des paramètres de cisaillement

On mesure en laboratoire la cohésion et l'angle de frottement sur des échantillons, puis on applique la formule de Terzaghi.

2

À partir de l'essai pressiométrique

La pression limite mesurée au pressiomètre, en forage, donne la portance par un facteur de portance kp.

3

À partir de l'essai pénétrométrique

La résistance de pointe lue au pénétromètre donne la portance par un facteur kc, propre à la nature du sol.

En pratique, le géotechnicien croise plusieurs sondages et plusieurs essais avant de retenir une valeur. Les essais en place, pressiomètre et pénétromètre, sont les plus courants pour une maison ou un petit collectif.

De la portance à la contrainte admissible

On ne fonde jamais un ouvrage sur la charge de rupture. On garde une marge. La capacité portante de rupture est divisée par un coefficient de sécurité pour donner la contrainte admissible du sol, la charge que l'on s'autorise réellement sous la fondation.

Dans l'approche globale classique, ce coefficient vaut souvent 3. Une capacité portante de 600 kPa donne alors une contrainte admissible de l'ordre de 200 kPa. La norme NF P94-261 emploie aujourd'hui des coefficients partiels plus fins, mais le principe ne change pas, la valeur de calcul reste nettement sous la rupture.

Les ordres de grandeur varient fortement d'un sol à l'autre. Le tableau ci-dessous donne des valeurs indicatives de contrainte admissible, des repères de lecture, pas des seuils réglementaires. Une nappe haute, en allégeant le poids du sol sous la semelle, fait baisser cette portance. La valeur retenue pour un projet vient toujours de l'étude de sol.

Type de sol Portance Contrainte admissible indicative
Argile molle, tourbe, vaseFaibleMoins de 50 kPa
Argile fermeMoyenne100 à 200 kPa
Sable dense, graveForte200 à 600 kPa
Rocher sainMaximalePlus de 600 kPa

Pour remonter à la capacité portante de rupture, multipliez grossièrement ces repères par le coefficient de sécurité. Sous les sols mous, en dessous de ces seuils, la fondation superficielle laisse souvent place à des pieux qui vont chercher une couche plus résistante en profondeur.

Les points à vérifier dans un rapport de sol

La capacité portante ou la contrainte admissible retenue, avec son unité en kPa.
L'essai d'où vient la valeur, pressiomètre, pénétromètre ou cisaillement en laboratoire.
Le coefficient de sécurité ou les coefficients partiels appliqués à la rupture.
La vérification du tassement, distincte de la portance et tout aussi déterminante.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la capacité portante d'un sol
C'est la charge maximale qu'un sol supporte sous une fondation avant de rompre par cisaillement. Au-delà, la semelle s'enfonce brutalement et le terrain se soulève sur les côtés. La capacité portante mesure la résistance du sol à la rupture, pas sa déformation.
Quelle est l'unité de la capacité portante
C'est une contrainte, exprimée en kilopascals (kPa) ou en mégapascals (MPa), comme une pression. Une valeur de 300 kPa veut dire que le sol supporte 300 kilonewtons par mètre carré avant de céder. Ce n'est pas une force, mais une charge rapportée à une surface.
Qu'est-ce que la formule de Terzaghi
C'est le calcul de référence de la capacité portante, énoncé par Karl Terzaghi en 1943. Il additionne trois résistances, une liée à la cohésion du sol, une au poids des terres au-dessus de l'assise, une à la largeur de la semelle. Chaque terme est pondéré par un facteur de portance qui dépend de l'angle de frottement.
Quelle différence entre capacité portante et contrainte admissible
La capacité portante est la charge de rupture du sol. La contrainte admissible est la charge de calcul, obtenue en divisant la rupture par un coefficient de sécurité, souvent égal à 3 dans l'approche classique. On dimensionne une fondation sur la contrainte admissible, jamais sur la rupture.
Quelle différence entre capacité portante et tassement
La capacité portante concerne la rupture, le sol ne doit pas céder. Le tassement concerne la déformation, la fondation ne doit pas s'enfoncer plus que la structure ne le tolère. Ce sont deux vérifications distinctes. Un sol résiste parfois à la rupture tout en tassant trop, et l'inverse existe aussi.
Comment calcule-t-on la capacité portante
Par la formule de Terzaghi à partir de la cohésion et de l'angle de frottement mesurés en laboratoire, ou directement à partir d'essais en place, la pression limite au pressiomètre ou la résistance de pointe au pénétromètre. La norme NF P94-261 encadre ces trois voies de détermination.
Comment la cohésion et l'angle de frottement influencent la portance
Ce sont les deux paramètres de cisaillement dont découle la portance. Une argile tire sa résistance surtout de sa cohésion. Un sable, sans cohésion, la tire de son angle de frottement. Plus ces deux paramètres sont élevés, plus la charge de rupture du sol est forte.
Comment détermine-t-on la portance avec un pressiomètre
Le pressiomètre dilate une sonde dans un forage et mesure la pression limite que le sol supporte avant de fluer. Cette pression limite, multipliée par un facteur de portance kp lié à la nature du sol et à l'encastrement, donne la capacité portante. C'est une des méthodes prévues par la norme NF P94-261.
Quelle capacité portante pour une semelle de maison
Pas de valeur unique, elle dépend du sol et fixe le dimensionnement. Sur une argile ferme, la contrainte admissible se situe souvent entre 100 et 200 kPa, sur un sable dense entre 200 et 600 kPa. Seule l'étude de sol G2 donne le chiffre à retenir et la profondeur d'assise adaptée.
Quelles valeurs de portance selon le sol
À titre indicatif, moins de 50 kPa de contrainte admissible pour les argiles molles, tourbes et vases, 100 à 200 kPa pour les argiles fermes, 200 à 600 kPa pour les sables denses et graves, plus de 600 kPa pour le rocher sain. Ces repères valent pour la valeur de calcul, la rupture se situe au-dessus.
Que se passe-t-il si la charge dépasse la capacité portante
Le sol rompt par cisaillement. La fondation s'enfonce brutalement, parfois en basculant, et le terrain se soulève autour de la semelle. C'est une rupture franche, différente du tassement lent. Le coefficient de sécurité sert justement à tenir la charge réelle loin de ce seuil.
Pourquoi applique-t-on un coefficient de sécurité
Parce que le sol n'est pas uniforme, les essais comportent une marge d'incertitude, et les charges réelles dépassent parfois les charges prévues. Diviser la capacité portante de rupture par un coefficient, souvent 3 dans l'approche globale, ramène la charge de calcul à un niveau sûr et limite aussi les tassements.

À retenir

  • La capacité portante est la charge maximale qu'un sol supporte sous une fondation avant de rompre par cisaillement.
  • Elle se calcule par la formule de Terzaghi, qui additionne trois résistances liées à la cohésion, à la profondeur d'assise et à la largeur de la semelle.
  • Ses facteurs de portance Nc, Nq et Nγ dépendent du seul angle de frottement du sol.
  • C'est une contrainte en kPa, déterminée par essai pressiométrique, pénétrométrique ou par les paramètres de cisaillement.
  • Divisée par un coefficient de sécurité, elle donne la contrainte admissible, la charge de calcul sous la fondation.
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Rédigé par

Marc Cordeval

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